Chapitre 21
Je suis soulagée. Je me rends compte que j’avais bloqué ma respiration et je sens à l’instant l’air parcourir mes poumons. Le petit homme s’écarte pour me laisser passer, j’avance alors dans leur minuscule demeure avec précaution, comme si j’entrais dans un lieu aux multiples pièges. J’entends sa femme lui chuchoter quelque chose à l’oreille, énervée. Son mari lui souffle à son tour des mots qui l’apaisent dans l’instant et ceci la font même sourire. Je me demande ce qu’ils se sont dit mais cela ne me regarde pas, je ne vais pas jouer la curieuse alors que j’abuse déjà de leur gentillesse.
— Il reste d’la soupe d’hier. Je vous en apporte un peu Majesté.
Elle exagère le dernier mot, comme si cela l’amusait. Ça doit être en lien avec les messes basses qu’ils viennent de s’échanger. Cela me questionne, mais le plus important c’est que je vais enfin manger. La marche m’a ouvert l’appétit, et mon ventre crie famine depuis plusieurs heures.
— Quand vous aurez fini vous pourrez dormir dans not’chambre.
— Mais, et vous ?
— Oh vous inquiétez pas ma p’tite, de simple gens comme nous peuvent dormir n’importe où, tout il est bien quand on a rien. Vous, vous avez besoin d’un vrai couchage.
C’est gentil de leur part. Je ne les contredis pas car même si je suis gênée face à tant de générosité, j’ai besoin de me reposer pour avoir assez de force demain. Une longue marche m’attend. Je les remercie quand la drôle de dame m’apporte ma soupe. Je l’engloutie bien que je n’ai jamais rien mangé d’aussi infecte. Mais j’ai faim, je serais prête à avaler n’importe quoi. Ils m’indiquent ensuite la direction de ma chambre pour la nuit et m’y installe. Je m’écroule dans le lit, qui est le plus inconfortable possible. Cependant je m’endors rapidement, tant la fatigue est forte. Ma première journée d’évasion s’est bien passée, je suis donc pleine d’espoir pour la suite.
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Je suis sortie du sommeil par des voix d’hommes. Le soleil est encore timide et n’éclaire pas assez la pièce, l’aube arrive à peine. Cela ne m’empêche pas de constater que de nombreuses personnes se tiennent au pied du lit. Je me réveille en sursaut. Que font-ils tous là ? Ils parlent tous en même temps mais je parviens quand même à intercepter des bribes de conversation.
— C’est elle la Princesse ?
— Je suis tellement excité !
— On commence quand ?
Le groupe de personne parle dans un brouhaha dont je ne distingue que ces quelques phrases. Mais ce que je comprends ne présage rien de bon. Je tente de garder mon calme.
— Messieurs, Mesdames, que me voulez vous ?
— Qu’est qu’on t’veux ? Réfléchis un peu ! T’penses qu’on allait laisser passer cet’ occasion ! Dit mon hôte si gentil de la veille.
— Quelle occasion ? Mais que me voulez-vous ?
— De tuer la fille de notre ancien Roi ! L’sentait privilégié avec tout son or pendant qu’nous on pourri ici ! C’la mérite bien qu’lon fasse souffrir un peu. Et toi, quand t’as besoin tu n’hésites pas à manger à not’ table et à dormir dans not’ lit. Mais quand t’étais dans ton palais, jamais t’es jamais venue nous aider, t’n’es pas mieux que lui ma p’tite. Tu l’auras bien mérité Princesse.
Je n’ai plus le temps de réfléchir et je pars en courant.
— Oh elle s’échappe ! Ça s’ra plus marrant, j’ai toujours aimé la chasse ! Cours p’tite bourgeoise vas-y tu verras qui s’ra l’plus rapide !
Un d’entre eux réussit à m’attraper par le bras mais je lui donne un violent coup de pieds qui me vaudra de me faire traiter de « salope ». Je ne prends pas le temps de m’offusquer et continue ma course. Je parviens à sortir de la petite maison mais je suis surprise par des hommes et des femmes qui m’attendent. Je me retrouve donc très vite encerclée et je ne vois plus aucune issue. L’un des hommes attrape mes bras par derrière tandis qu’un autre vient me frapper dans le ventre ce qui a pour effet de me couper le souffle. Le premier me lâche et la douleur fait que je m’effondre au sol. À partir de là, je reçois des séries de coup de pieds qui ne veulent plus s’arrêter.
— Va chercher un couteau, on va l’égorger comme un animal, ça la r’mettra à sa juste place.
— Ne me tuez pas, j’ai de l’argent, si vous me gardez en vie je vous en donnerais.
— Ah comme on est de pauv’ gens on doit être intéressés par l’argent c’est ça ? On a pas besoin de ton sale pognon, nous on veut s’venger.
Les coups ralentissent et j’essaye de ramper pour m’enfuir mais je suis trop lente. Et de toute façon je ne pourrai pas aller très loin. Je commence à reprendre mon souffle et la douleur s’évapore à chaque respiration. Cela est suffisant pour me permettre de me relever et j’essaye de déguerpir. Mais une fois encore, on m’attrape les bras et je me retrouve immobilisée. Je tente de me débattre mais cela est sans effet. Je vois alors un homme s’avancer dans ma direction, un couteau à la main, un sourire diabolique sur ses lèvres et le feu dans les yeux. Je sais ce qu’il va faire, et je hurle d’effroi.
