Chapitre 43
A peine éveillée, les mêmes questions tournent en boucle dans mon esprit. Veut-il réellement que je parte ? Ou bien est-ce juste sa fierté qui parle ? J’ai vraiment été stupide de lui dire que j’aimais Héphaï, j’ai laissé ma colère parler et maintenant je suis encore plus triste. Bien fait pour moi, cela m’apprendra à vouloir faire de la peine aux autres.
En parlant d’Héphaï, il faut que j’aille le voir pour le prévenir de ma sottise car je ne sais pas comment Kaël va réagir. La première fois qu’il nous a vu ensemble nous ne pouvons pas dire qu’il l’avait bien pris. Je redoute donc comment il va se comporter avec son ami. Sans explication, le pauvre Héphaï ne va rien comprendre. Je dois aussi m’excuser, lui qui a été si gentil avec moi, je le mets maintenant dans une situation délicate.
Je peine à quitter mon lit pour aller m’excuser tant je n’arrive pas à sortir de ma tête les questions concernant mon départ. Au-delà du fait que Kaël souhaite que je parte, moi que puis-je bien désirer ? Ai-je envie de rester dans ce palais maintenant que j’ai tout gâché avec Kaël ? Je ne sais pas si je pourrais être séparée de mon frère encore bien longtemps. Kaël me laisse la possibilité d’être vraiment libre, n’est-ce-pas une opportunité à saisir. Avec Phoebus je serai en sécurité et nous pourrons mener notre vie comme bon nous semble.
Bon, maintenant il faut y aller. Je ne peux pas rester couchée toute la journée à me morfondre. J’ai des excuses à présenter à mon seul ami. Penser à lui me donne le courage nécessaire pour me lever et me préparer en vitesse. Je m’apprête moins bien qu’hier, je suis beaucoup trop pressée pour cela.
Je sors précipitamment de ma chambre, mais une fois dehors je réalise que je n’ai aucune idée d’où pourrais bien se trouver Héphaï. Je ne sais même pas où il dort. De toute façon il n’est pas du genre à se prélasser des heures au lit, pas comme moi, il doit donc déjà être au travail. Par chance il reste souvent au palais, j’ai donc de forte probabilité de le trouver ici. Mon frère a bouleversé tout le monde ici et il est l’objet de toutes les conversations. Je suppose qu’il en est de même pour Héphaï et Kaël et qu’ils sont actuellement en train de préparer sa venue. Je sais donc où trouver Héphaï, le problème c’est qu’il est probablement dans le bureau de Kaël. Je m’y rend donc mais une fois devant l’imposante porte j’hésite. Ils sont sûrement en train de travailler et je n’ose pas les interrompre avec mes futilités. Je cherche du regard un endroit où m’assoir et trouve rapidement un banc sur lequel je m’installe. J’attends de longues minutes, assez mal à l’aise, ne sachant pas quoi faire. J’espère qu’Héphaï est bien ici.
Je ne me suis pas trompée car au bout d’une interminable attente je vois enfin Héphaï sortir de la pièce. Mais il n’est pas seul, je vois dans ses pas Kaël et je réalise seulement maintenant que ce dernier va penser qu’Héphaï m’a donné un rendez-vous galant. Une fois encore je me retrouve empotée ne sachant quoi faire. Je pourrais partir mais cela n’aurait aucun sens, pourquoi attendrais-je devant la porte pour partir quand ils sortent? Je passerais soit pour une indiscrète soit pour une folle. Dans tous les cas, ce n’est pas glorieux.
Me voyant paniquée, Héphaï vient à mon secours tel le grand seigneur qu’il est. Il me dit de retourner dans ma chambre et qu’il me rejoindra le plus rapidement possible. Le pauvre il ne sait pas qu’il est en train d’aggraver la situation mais je ne trouve rien de mieux à faire que de secouer la tête en signe d’approbation. Ma gorge est si serrée que je peine à déglutir. Je devrais peut être éclaircir la situation maintenant, devant Kaël et Héphaï mais aucun son ne sort de ma bouche. Je lance un regard furtif aux deux hommes devant moi avant de fixer mes pieds, en cherchant désespérément à cacher mon désarroi. Le visage d’Héphaï est rassurant et chaleureux, comme toujours. Mais celui de Kaël est malheureux et accablé.
Ses yeux tristes se muent rapidement en un regard assassin en direction de son ami. En voulant m’excuser je continue à mettre Héphaï dans l’embarras. Qu’est-ce-que je peux être bête. Je me sens terriblement mal à l’aise et la tension dans l’air est palpable. Ne trouvant rien d’intelligent à faire je pense qu’il est plus sage de quitter les lieux, ce que je fais en tentant de m’excuser de les avoir dérangé avec les quelques mots que j’arrive à prononcer.
Je leur tourne le dos depuis seulement quelques secondes lorsque j’entends Kaël crier sur le pauvre Héphaï qui ne se laisse cependant pas faire. Je reste là un instant ne sachant pas quoi faire. Faire demi-tour et m’expliquer ? J’ai peur une fois encore, d’aggraver la situation. Je vais plutôt discuter avec eux plus tard, afin de parler calmement.
Je coure me réfugier dans ma chambre. Je suis rongée par la culpabilité et j’ai hâte que tout cela cesse. Peut-être que je devrais partir finalement. Rien que de penser à me séparer de Kaël me brise le cœur. Comment ferais-je sans lui ? Partir avec mon frère signifie renoncer à lui et je ne suis pas sûre d’en être capable.
Je n’ai pas à attendre longtemps la venue d’Héphaï. Quelques minutes seulement après être arrivée dans ma chambre, il est déjà à mes côtés pour que nous puissions discuter. Je suppose qu’il a compris qu’il se passait quelque chose avec Kaël au vu de leur dispute. Son visage est inquiet. Je m’attendais plus à ce qu’il m’en veuille mais non, il ne se laisse pas porter par la vengeance, lui.
— Héphaï je suis tellement désolée, je ne voulais pas dire que je t’aimais à Kaël, bien évidement je t’apprécie énormément, mais cela n’a rien à voir avec les sentiments que j’éprouve pour Kaël. Tu es mon ami et une personne extraordinaire, c’est pour cette raison que je n’aurai jamais dû t’impliquer dans cette histoire ! J’espère que cela ne va pas détériorer votre relation.
— C’est vrai que c’était stupide de ta part. Tu as assez de problèmes et tu ressens quand même le besoin de t’en rajouter. Mais au moins, vu sa réaction, maintenant tu as la certitude de ses sentiments. Mais ne t’inquiète pas ce n’est pas à toi que j’en veux, c’était idiot certes, mais je te connais assez pour savoir que tu regrettes suffisamment. Et je peux te remercier car grâce à toi j’ai ouvert les yeux.
Je n’ai pas le temps de répondre qu’il à déjà quitté la pièce précipitamment. Je ne comprends pas sa dernière phrase, mais ce que je comprends encore moins, c’est son comportement. Son visage est devenu si triste, il a regardé le sol en sortant et semblait retenir des larmes. Il est possible qu’il soit encore troublé par leur dispute.
Sa sensibilité est une chose que j’aime chez lui, à mon sens c’est une preuve d’intelligence. Je ne comprends pas pourquoi je n’aime pas plutôt un homme comme Héphaï. Il est courageux, érudit, beau, loyal et a toujours été là pour moi. Mais les sentiments ne se contrôlent pas, j’étais déjà amoureuse de Kaël avant même de rencontrer Héphaï. J’espère qu’il pensait réellement ce qu’il a dit, que je n’ai pas à m’en faire. Mais s’il ne m’en veut pas, contre qui se portent ses griefs ? Contre Kaël ? Mais pour quelle raison ?
Maintenant je dois aller parler à Kaël. Je dois lui dire qu’Héphaï n’y est pour rien dans cette histoire et que je suis la seule coupable. Il faut qu’ils se réconcilient, jamais je ne me remettrais d’avoir brisé une si belle amitié. Ce soir nous allons avoir une discussion et tant pis si j’ai l’air versatile.
La nuit est tombée, je pense que Kaël est de retour dans sa chambre, où je m’empresse d’aller le rejoindre. Je rentre sans frapper, comme d’habitude, et comme prévu, il est présent. Il n’est même pas étonné que je rentre ainsi dans sa chambre.
— Que me veux-tu Diane ?
— Nous devons discuter d’une chose importante. Je suis sincèrement désolée mais je t’ai menti, je n’ai pas de sentiments amoureux pour Héphaï. Il est vrai que nous sommes amis et que je l’apprécie beaucoup mais c’est toi que j’aime.
Je ne sais pas comment j’ai eu le courage de dire tout cela, la culpabilité m’y a sûrement poussé. J’aurai dû faire ça dès le début, tout aurait été tellement plus simple. Finalement, cela n’était pas insurmontable de dire la vérité et même s’il me prend pour une folle, ce n’est pas grave, leur amitié est plus importante. Il me fixe perplexe.
— Pourquoi m’as-tu menti ?
— J’avais encore de la rancœur envers toi, pour être honnête. J’ai donc voulu te faire souffrir. C’était stupide, je te l’accorde. Et après je n’ai pas été courageuse, j’ai pensé pouvoir régler la situation sans avoir à t’avouer mon mensonge mais j’ai eu tort.
— Je le méritais sûrement. C’est donc normal que tu veuilles te venger.
— J’espère que ton amitié avec Héphaï n’est pas brisée par cette histoire.
— J’espère qu’il me pardonnera…
Je ne comprends pas ce qu’Héphai devrait pardonner à Kaël. Peut-être qu’il lui a crié dessus tout à l’heure, mais je doute qu’une dispute puisse faire tant de peine à quelqu’un comme Héphaï.
— Qu’as-tu dit ?
— Rien, retourne dans ta chambre maintenant, tu en as déjà assez fait.
