Amour prisonnier: Chapitre 40

Chapitre 40

Il ne peut pas le tuer, pas comme ça. Kaël lui a laissé la vie sauve en le regardant droit dans les yeux, et lui veut le tuer sans croiser son regard. Seuls les faibles se montrent véhéments lorsqu’ils ne sont plus face à leur adversaire. Je ne peux pas laisser Kaël mourir et mon frère devenir un lâche. La colère le rend aveugle.

Je cours sans m’arrêter, le souffle me manque mais je dois arriver avant qu’il ne soit trop tard. Je peux encore sauver la vie de Kaël et l’honneur de Phoebus, j’en suis sûre.

Je m’approche sans même que mon frère ne m’aperçoive, obnubilé par son attaque. Kaël écarquille les yeux, se demandant probablement ce que je fais là avec cet air affolé alors que la situation semble résolue. Malheureusement ma venue le déconcentre totalement de la menace derrière lui. Je tente de lui crier de se retourner mais je peine à parler par manque d’air et Kaël ne comprend pas. Mon frère se tient maintenant près de lui et a son épée levée. C’est maintenant que je dois agir.

Kaël n’est plus armé et n’a plus aucun moyen de se défendre. C’est à moi de le protéger cette fois et de le sauver comme il l’a fait il y a plusieurs mois maintenant. Je viens donc dans son dos et m’interpose entre lui et mon frère. Cela va l’arrêter. Enfin c’est ce que je pensais. Son mouvement était déjà parti et Phoebus ne parvient pas à le retenir tant il est dans un état second.

C’est une douleur insupportable. Je ne sais pas comment Kaël a pu s’en remettre lorsqu’il est venu m’aider. Je ne comprends pas ce qu’il se passe, je ressens seulement une douleur vive et soudaine. Je vois du sang couler au sol. Je ne réalise pas tout de suite que c’est le mien. Ce n’est pas possible, je ne peux pas saigner autant. Je regarde alors mon épaule qui me fait souffrir. L’épée de mon frère y est plantée. Je réalise alors ce qui vient de se passer. Je croise le regard horrifié de Phoebus, qui vient lui aussi seulement de comprendre ce qu’il vient de faire.

Ma tête tourne, je n’arrive même plus à voir mon frère qui tente de comprimer la plaie. Je perds toutes mes forces, je sais que je vais perdre connaissance. Je ne parviens pas à rester debout, mes jambes ne peuvent plus me supporter. Je tombe dans les bras réconfortant de Kaël et je sens son odeur agréable avant de ne plus rien ressentir.

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J’ai l’impression d’être sur un nuage. Mon corps est si léger que j’ai le sentiment de flotter. J’entends des voix autour de moi mais je ne parviens pas à ouvrir les yeux. J’essaye de bouger mais je n’y arrive pas. J’aimerai voir qui est là mais cela m’est impossible. Je reconnaît alors une odeur. Kaël est là.

Cela me donne la force nécessaire pour ouvrir les yeux tant j’ai envie de le voir. J’ai eu si peur de le perdre aujourd’hui que c’est une bénédiction de pouvoir le regarder. Son visage est inquiet. Il n’a pas encore remarqué que j’étais réveillée. Il écoute avec attention le médecin qui se tient face à lui. Enfin il me voit et se dirige rapidement vers moi.

—   Ne te fatigue pas trop, ne t’en fais pas tout va bien se passer.

J’aimerai pouvoir lui répondre mais je n’ai pas encore assez de force pour parler. J’ai l’impression d’avoir déjà tout utilisé pour ouvrir les yeux. Pourtant j’ai tant de questions à lui poser. Je dois savoir comment va mon frère. Bien qu’il ait démontré qu’il savait garder son calme dans les moments de stress, j’ai peur que sous l’effet de la colère il l’ait tué. J’essaye de lui demander mais je n’y arrive pas, je n’arrive même plus à garder les yeux ouverts. Ils se referment sans que je ne le décide et je reperds le fil de ma vie.

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Je réussi à les rouvrir. Mais cette fois-ci la pièce est vide à l’exception de Kaël qui dort sur un fauteuil. Je pense qu’il s’est écoulé plusieurs heures depuis mon dernier réveil même si j’ai l’impression que cela ne fait que quelques secondes. Malgré son sommeil, le visage de Kaël n’est pas apaisé. Je ne voudrais pas qu’il s’inquiète pour moi, je vais bien. Il y a un verre d’eau à coté de moi. J’ai si soif que je décide de le saisir. Cependant j’ai surestimé mes forces. A peine ai-je pris le verre qu’il m’échappe avec fracas, ce qui ne manque pas de réveiller Kaël en sursaut.

—   Laisse moi faire !

Il se précipite dans ma direction pour venir m’aider. C’est attendrissant de le voir si attentionné avec moi. Je ne peux qu’accepter son aide tant mon épaule me fait souffrir. La douleur irradie dans tout mon bras et me fait grimacer. Cependant cela n’enlève pas l’idée que j’aie en tête. Je sais que Kaël va bien, maintenant je dois savoir comment se porte mon frère. J’arrive enfin à sortir quelques mots de ma bouche.

—    Comment va Phoebus ?

L’inquiétude prend le pas sur la fatigue cette fois. Je ne m’endormirai pas avant d’avoir des réponses à mes interrogations. Cela fait une éternité que je me demande comment va mon frère et je ne peux pas rester dans l’inquiétude alors que je sais qu’il est là, pas loin de moi.      

—   Détends-toi, ce ne sont pas tes histoires, tu n’as pas de raison de t’inquiéter.

Cette fois ci c’est la colère qui me permet de concentrer toutes mes forces. Je suis fatiguée que l’on me dise sans cesse que cela ne me regarde pas.

—   Arrêtez de me dire que tout ceci ne me concerne pas ! Je ne suis peut être pas une reine ou une impératrice mais Phoebus est mon frère donc j’ai le droit de savoir ! Donc maintenant, réponds-moi !

J’ai des difficultés à me mettre en colère tant cela me fatigue mais je ne pouvais plus rester ainsi sans rien dire. Je n’ai pas à être mise de côté, j’ai le droit de m’exprimer et de me questionner. Et Kaël doit le comprendre, tant pis si mon ton est vexant. Il me regarde stupéfait, surpris par ma virulence à son encontre. Je dois le questionner à nouveau pour qu’il reprenne ses esprits et me réponde enfin.

—   Il est là ? Au cachot ?

—   Non, il n’est plus avec nous.

—   Comment ça il n’est plus avec nous ? L’as-tu tué ?!

Je sens mon cœur s’accélérer. Je ne sais pas s’il supportera deux deuils consécutifs. S’en serait trop pour lui.

—   Je ne l’ai pas tué. Très honnêtement je n’y ai même pas pensé. J’étais si inquiet que je ne pouvais penser à rien d’autre.

—   Tes gardes l’ont fait ?

—   Les pauvres ils étaient trop paniqués je n’arrivais pas à leur donner d’instructions claires et ils sont donc restés sans rien faire pendant que ton frère me reprochait son acte.

—   Mais comment peut-il t’en vouloir ? Tu lui as laissé la vie sauve et c’est lui s’est comporté lâchement ! C’est sa haine qui a planté son épée dans mon épaule.

Je ne comprends plus l’attitude de mon frère. Il a des défauts mais n’est pas stupide. Il ne peut pas ignorer que Kaël n’a rien fait.

—   C’est justement ça le problème. Lorsque l’on fait des choses horribles il est plus facile de rejeter la faute sur l’autre. Il faut énormément de courage pour assumer ses erreurs et ses faiblesses. Donc il m’accuse de t’avoir utiliser comme bouclier, au lieu de me battre.

—   Mais c’est ridicule ! Je suis venue de moi-même, personne ne m’a forcée !

—   Aveuglé par le ressentiment l’on ne voit que ce que l’on souhaite.

Tout cela ne doit pas améliorer l’image de mon frère auprès de Kaël. Je ne suis pas sûre qu’il fasse preuve d’autant de clémence lors de leur prochaine rencontre.

—   Que vas-tu faire de lui ?

—   Dans la panique générale il a réussi à s’échapper. J’ai envoyé des troupes le traquer, ils doivent me le ramener en vie et ensuite nous aviserons.

« Nous aviserons ». Je ne saurai dire si je suis rassurée par ces paroles. Je sais que mon frère est en vie mais je ne sais pas pour combien de temps encore. Kaël lui-même ne le sait pas, je ne risque donc pas d’avoir plus de réponse. Je souhaite qu’il se montrera bienveillant et ne condamnera pas durement ses gestes. Il est vrai que l’orgueil de mon frère lui fait faire de nombreuses erreurs mais je ne viendrais jamais à lui souhaiter la mort pour autant.

Mais surtout, j’espère que Phoebus fera pour une fois preuve de sagesse. Il faut qu’il accepte ce que lui proposera Kaël. Il n’est plus en position de négocier, il doit accepter que c’est terminé. Il n’a plus d’armée, notre peuple se retourne contre nous et il a perdu son duel. C’est la fin pour lui et il doit voir la vérité en face. Malheureusement je doute qu’il en soit capable.

Je peux comprendre qu’il ait du mal à s’y faire c’est encore nouveau pour lui, mais pas pour moi. J’ai vu mon monde changer, et dans un sens, je préfère le nouveau à l’ancien. Celui-ci m’a apporté un sentiment de liberté que je ne saurai expliquer.

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