Chapitre 38
C’est l’image que je redoutais depuis qu’il m’a quitté. Il est devant moi avec elle et cela me brise le cœur. Ils tournent brusquement leurs têtes dans ma direction, ne s’attendant clairement pas à être interrompus. Ma main est toujours sur la poignet et je sors rapidement en claquant brutalement la porte derrière moi. Je ne pouvais pas voir cette image une seconde de plus. Kaël, encore dans la pièce, crie mon nom mais je l’ignore. Je dois partir et vite. J’entends la porte s’ouvrir mais j’ignore délibérément cette information.
— Diane attend.
— Je n’ai rien à te dire Kaël.
Je ne me retourne même pas pour lui répondre et décide de pénétrer dans ma chambre. J’ai été bien bête de croire que cela l’arrêterait car à peine quelques secondes après moi, c’est au tour de Kaël de rentrer.
— Ecoute-moi quand je te parle.
— Et pourquoi ? Nous n’avons plus rien à nous dire.
— Tu n’as pas le droit de m’en vouloir. J’ai été honnête avec toi, je t’ai dit que j’avais quelqu’un donc ne fais pas l’étonnée. Celui qui devrait être surpris c’est bien moi, tu aurais pu me dire que tu m’avais remplacé par mon meilleur ami.
— Oh non, tu n’es pas en position de me faire la morale Kaël. Puis contrairement à toi, il ne se passe rien avec Héphaï, nous sommes juste ami car il a été le seul à me soutenir pendant que tu me tournais le dos. Et ne me dit pas que tu as été honnête, tu as bien dû t’amuser pendant que moi je t’attendais sagement ici.
— Je ne me suis pas bien amusé. J’ai pris une décision, je suis un Empereur, je dois faire des choix et parfois ils sont difficiles.
— Dans ce cas laisse-moi te dire que tes choix sont stupides. Tu te laisses manipuler par la pression sociale. Ce n’est pas toi qui décide là, c’est la société. Tu n’as juste pas le courage de t’imposer, arrête de te voiler la face.
Moi qui à la base voulait avoir une conversation calme, je viens à la place de le traiter de lâche. Mais cette-fois ci je ne le regrette pas. Cela me fait même du bien, espérons que ça lui ouvrira les yeux. Peut-être qu’on lui a déjà dit, mais j’en doute au vu de sa réaction.
Je m’attendais à une réponse cinglante dont il a le secret et qui m’aurait détruite. Cependant, à la place, il ne dit rien. Ce silence de sa part est terriblement perturbant. Il baisse ensuite la tête et sort de la pièce, toujours sans prononcer le moindre mot.
Je ne sais plus où j’en suis. Je me répète en boucle mes dernières paroles. Je peux comprendre qu’elles le peine, mais je ne m’attendais pas à un tel comportement. Je ne l’ai jamais vu ainsi et je ne sais pas si c’est un signe prouvant qu’il est blessé, énervé ou bien pensif. Si j’avais cette attitude cela voudrait sûrement dire que je suis triste. Mais est-il possible de l’atteindre si simplement ? Je n’espère pas que ce soit ça, car malgré tout, je ne souhaite pas lui faire du mal.
Pendant que je réfléchis sans cesse ; on frappe à ma porte. Serait-ce Kaël qui souhaite s’expliquer ? Depuis quand se met-il a demander la permission pour rentrer. Cependant je suis contente qu’il soit là pour discuter de ce qu’il vient de se passer. Je me précipite donc vers la porte.
Mon entrain est très rapidement stoppé. Ce n’est pas Kaël devant moi, mais la dernière personne que je souhaitais voir. Je ne veux pas qu’elle rentre, jamais je ne lui pardonnerai. Mais elle n’attend pas ma permission et me pousse pour pénétrer dans ma chambre.
— Je t’avais bien dit que j’avais gagné.
Son regard est hautain, elle n’a plus rien à voir avec celle qu’il y a peu encore était mon amie. J’aurai peut-être pu pardonner qu’elle ait développé des sentiments et qu’elle vienne s’excuser de m’avoir pris celui que j’aime. Mais là il n’en est rien. Elle n’est pas venue s’excuser, elle est ici pour parader. Tu me dis que tu as gagné mais ta guerre est déloyale, je ne savais même pas que nous nous battions, Cassandre.
Cependant, cela me permet au moins de comprendre sa récente attitude. Elle était bien trop occupée avec mon Kaël. J’ai bien fait de rester enfermée ces derniers temps, je me suis épargnée une humiliation publique. Je comprends pourquoi Héphaï ne voulait pas que je sache, il se doutait que cela allait me détruire. Car il est indéniable qu’elle n’aurait pas hésité à me mettre plus bas que terre devant tout le monde. Il faut déjà assez de cruauté pour venir narguer une femme au cœur brisé. Surtout quand cette dernière est votre amie, enfin, croyait l’être.
— Pourquoi m’as-tu fais cela ? Nous étions amies ?
— Mais tu es vraiment idiote ma parole. Qui voudrait être amie avec toi ? Tu étais peut-être une princesse avant, mais maintenant tu n’es plus rien du tout. Je préfère encore parler à mes domestiques, ils ont plus d’importance que toi. Je ne comprends même pas que Kaël te laisse tant de privilèges.
— Pourquoi es-tu venue me parler alors ? Je n’avais rien demandé moi.
— J’avais entendu les rumeurs disant que Kaël t’appréciait beaucoup. Tu sais ce que l’on dit, « sois proche de tes amis, encore plus de tes ennemis ». Je souhaitais prendre des informations sur toi, voir ce qui lui plaisait pour devenir la femme de ses rêves et qu’il t’oublie. Et j’ai bien fait, car en plus comme une imbécile, tu m’as indiquée que tu souhaitais partir. J’ai sauté sur l’occasion pour me débarrasser de toi. Puis, heureusement que j’étais là pour mettre en place un plan, tu es trop bête pour le faire toute seule. Malheureusement, une fois dehors tu as été incapable de te cacher correctement, ce n’est pas difficile pourtant espèce d’idiote. Je t’ai donc vu revenir, comme le parasite que tu es. Visiblement je ne pourrai pas me débarrasser de toi. J’ai donc sauté sur l’occasion lorsque l’on m’a proposée de suivre Kaël pour sa mission. Une fois que nous étions seuls là bas, je me suis rapprochée de lui et j’ai pu le convaincre de t’abandonner et de me choisir à la place. Et tout le monde pense comme moi. Un Empereur ne peut pas être avec une petite chose comme toi. Et tu sais quoi ? Moi je ne suis pas une coincée comme toi, nous sommes allés jusqu’à un stade où toi tu…
— Cassandre !
La voix, empreinte de furie de Kaël vient interrompre le monologue assassin de Cassandre à mon encontre. J’en suis soulagée, je n’aurais pas pu entendre un mot de plus. Je me sens si minable, j’ai été trahie par ma seule amie. Elle ne m’a jamais appréciée et voulait simplement se débarrasser de moi. Je suis également blessée par ses dernières paroles. Elle est plus intime avec lui qu’il ne l’a été avec moi, je l’attendais avec impatience pendant que lui passait ses nuits avec Cassandre.
— Je ne te permets pas de lui parler de la sorte.
— Mais voyons chéri, ce n’est personne, on peut lui parler comme on veut, c’est déjà gentil de ma part de lui accorder la moindre attention.
— Non tu ne peux pas car j’exige que tu la respectes. Et ne sois pas si prétentieuse, tu n’as pas la bague au doigt, je peux encore changer d’avis. J’ai parlé avec Diane tout à l’heure, elle a raison, rien ne m’oblige à suivre l’opinion publique. Je suis un Empereur, je fais ce que je veux, finalement rien ne me pousse à t’épouser, surtout quand je vois le style de femme que tu es, jamais je ne voudrais d’une épouse si cruelle. Ce n’est pas ton rang social qui fait ta valeur et je pense que ma future femme doit être surtout une bonne personne, pas comme toi. Pars maintenant, et que je ne te revois plus.
Le visage de Cassandre s’est décomposé. Son sourire hautain a disparu face à son Empereur. Son regard conquérant a laissé place à des yeux embués de larmes. C’est peut-être méchant mais je ressens de la joie. Pas tant de la voir dans un tel état, mais surtout pour ce que vient de dire Kaël.
— Je suis désolé. Elle a tort tu n’es pas une petite chose, ne l’écoute pas, tu es importante pour les deux hommes les plus puissants de cet empire.
Immédiatement après avoir dit cela Kaël disparaît. Cassandre quitte ma chambre à son tour après avec des larmes que je trouve un peu théâtrales. Elle ne peut s’en vouloir qu’à elle-même, elle a peut-être crié victoire trop tôt. Je ne dois pas non plus tomber dans ce travers. Kaël m’a juste défendu, il ne m’a pas demandé de revenir avec lui. Maintenant il peut juste vouloir trouver une nouvelle prétendante moins méchante que la précédente. Il m’a assez aisément oubliée, je ne compte peut être pas tant qu’il le dit.
