Amour prisonnier: Chapitre 35

Chapitre 35

C’est bien la dernière personne à laquelle je m’attendais. Enfin non, la dernière personne était Kaël mais il n’y a aucun espoir pour qu’il vienne me voir après ce qu’il m’a dit hier. Je ne sais pas pourquoi mais, je suis contente de le voir.

—   Héphaï ? Que fais-tu ici ?

—   J’étais avec Cassandre lorsque ton garde lui a demandé de venir te voir.  Je ne voulais pas que tu restes toute seule.

Que pouvait donc bien faire Cassandre avec Héphaï. Je ne se savais même pas qu’ils se connaissaient. Je suis un peu jalouse de savoir qu’elle est si bien intégrée ici, tout le monde semble l’apprécier, tandis que moi je n’ai plus vraiment d’amis.

—   Tu n’es pas obligé de venir me voir, ne t’en fais pas.

—   Il me semblerait normal que tu aies envie de discuter. Tu as vécu beaucoup d’émotions fortes ces derniers temps et tu es restée un long moment seule.

Je suis touchée par cette attention. Il est visiblement le seul à penser à ce que je peux ressentir. De plus lui, au moins, n’a pas peur de m’affronter. Je l’invite à rentrer dans ma chambre pour que nous puissions discuter. J’essaye de me contenir, mais les mots sortent de ma bouche sans que je m’en rende compte.

—   Qui est la nouvelle compagne de Kaël ?

Je sais que ma question est brutale mais elle me consume depuis trop longtemps, je ne pouvais plus attendre. Je redoute un peu qu’il me prenne pour une folle, complètement obsédée par son ami, mais je pense à cela seulement après avoir demandé, il est donc un peu tard pour les regrets. À mon plus grand soulagement il se met à rire. Avec ses cheveux bruns et son teint foncé il est physiquement l’opposé de Kaël, ce qui ne l’empêche pas d’être tout aussi beau. Et le voir rire de la sorte renforce sa beauté.

—   Tu as visiblement manqué ta carrière d’enquêtrice ! J’aime tes questions pleines de subtilité mais, je ne préfère pas me mêler de cette histoire. Tout cela ne me concerne pas et si je peux te donner un conseil, tu ne devrais pas t’en préoccuper non plus. Cela te fera plus de mal que de bien.

C’est tellement difficile d’appliquer son bon conseil. Cela occupe toutes mes pensées et je ne sais pas comment passer à autre chose. Mais je sais qu’il a raison, je dois m’intéresser à autre chose. De plus, une personne si prévenante mérite bien qu’on ne lui parle pas que de son illustre compagnon.

—   Très bien, passons donc à un autre sujet ! Je veux tout savoir sur toi ! Que faisait ta famille ? Quels sont tes rêves, tes espoirs pour le futur ? Dis-moi tout, tout, tout !

J’ai sincèrement envie de mieux le connaître, c’est un homme tellement énigmatique. De simple enfant de serviteurs, il est devenu le meilleur ami d’un des plus grand conquérant du monde. Si l’on y réfléchi bien, il est le numéro deux de cet empire en ne partant de rien. C’est passionnant. Il ne semble pas avoir l’habitude de parler de lui donc je dois l’y aider un peu. Il fait partie de ces personnes préférant rester dans l’ombre alors qu’il mérite la lumière.

Sans étonnement, il s’avère réellement surprenant. Sa famille était terriblement pauvre, il est né à la campagne et de mauvaises récoltes avaient menées sa famille vers la famine. Lors de cette triste période, il a perdu son grand frère, le laissant seul avec ses parents. Je ne pensais pas qu’il était encore possible de mourir de faim, moi qui n’ai jamais manqué de quoi que ce soit pendant mon enfance. Il m’explique que le politique menée par le régent de Kaël refusait tout contact avec ses voisins, refusant les échanges et l’entraide entre les Hommes. Cela avait appauvri considérablement le royaume qui ne pouvait pas tout produire. Pas tout ce dont le peuple avait besoin.

Par chance, on manquait de serviteur pour prendre soin du futur petit monarque. Sa mère a donc eu une place en cuisine, devant laisser son mari au champ, elle prit avec elle son fils espérant pour lui une vie meilleure. Cette brave dame a bien eu raison d’avoir de l’espoir, elle doit être fière de son fils à présent. Sa rencontre avec Kaël fut une bénédiction pour lui. Cela lui a permis d’avoir accès à une éducation d’une très grande qualité. Il a commencé comme un simple soldat mais ses actions toujours intelligentes et avisées lui ont permis de monter rapidement les échelons jusqu’à se retrouver tout juste derrière son meilleur ami.

Malheureusement cette conversation ne m’aide pas réellement à oublier Kaël. Héphaï ne le remarque peut-être pas, mais il passe son temps à me vanter les nombreuses qualités de son ami. J’aimerai bien qu’il me dise quelques défauts pour m’aider, mais je ne pense pas qu’il en soit capable. Il me semble prêt à le suivre jusqu’au bout du monde, j’ai rarement vu une personne parler de son ami avec tant d’affection. Je trouve ça tellement touchant, j’aimerai qu’une personne puisse autant m’aimer, peut être que je me sentirais moins seule.

Tandis que je l’écoute, mon esprit vagabonde loin de la conversation. Il y a une seule personne sur terre qui m’aime plus que lui-même, Phoebus. Je me demande où il est, comment il vit le deuil de notre père, s’il va bien. Je pense qu’il est toujours en vie, j’ai bien remarqué ce que font les assassins des corps.

—   Comment va mon frère ?

Héphaï ne s’attendait sûrement pas à ce changement radicale de conversation. J’espère que cette fois il voudra bien me répondre. Kaël et lui se préoccupent forcément de Phoebus, c’est leur dernier obstacle avant une victoire totale.

—   Je crois qu’il va bien. Nous n’arrêtons pas d’entendre des rumeurs comme quoi il préparerait la contre attaque, visiblement il ne se laisse pas abattre.

—   Kaël va donc aller l’attaquer ?

—   Il ne pense pas que cela soit nécessaire d’aller le chercher dans tout l’empire, il ne veut pas épuiser inutilement ses troupes. Il est persuadé que ton frère viendra de lui-même ici, nous l’attendons donc. D’autant plus que nous avons laissé circuler les rumeurs te concernant. Il doit sûrement savoir que tu es ici.

Je ne peux pas le contredire, je connais assez Phoebus pour savoir qu’il est assez inconscient pour se jeter dans la gueule du loup. Son orgueil le rend si facile à piéger parfois. Maintenant que mon père n’est plus là, il n’a plus aucune raison de se cacher, plus personne à protéger à part moi qui suis déjà dans l’antre de l’ennemi. J’espère que son plan est parfait, car il s’attaque à un homme que l’on ne bat pas facilement.

Bien que je sois inquiète pour mon frère je suis d’une autre part contente. Je pense sincèrement que je vais bientôt le revoir. Il me manque tellement. Et qui sait, peut-être qu’il fera battre en retraite Kaël et qu’il récupérera le Royaume.

Et une fois cela fait, il me forcera à faire un mariage de raison et je redeviendrais une princesse triste et soumise. Cette idée ne me réjouie pas vraiment, mais je ne peux décemment pas souhaiter une défaite de ma famille pour être un peu plus libre. Avec un peu de chance je ferais même un bon mariage. Avec un peu de chance.

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