Amour prisonnier: chapitre 33

Chapitre 33

Je me retrouve seule au milieu de la foule. Je n’arrive pas à lâcher mon regard de lui, s’éloignant de plus en plus de moi. Je ne comprends pas son attitude, je mérite des explications. Je ne vais pas rester plantée ici, je suis ridicule. Je me dirige donc vers ma chambre, le seul endroit où je peux être tranquille. De plus c’est aussi la sienne, j’ai donc toutes les chances de le croiser.

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J’attends depuis si longtemps que j’ai presque fini le livre que j’avais commencé. Je le sais très occupé mais je ne peux m’empêcher de penser qu’il ne veut simplement plus me voir. Le plateau repas arrive et je constate qu’il ne contient pas assez d’aliments pour deux personnes.

—   Excusez moi, mais je pense qu’il manque une part ?

—   L’Empereur dine avec Monsieur Héphaï ce soir, ce plateau est donc pour vous seule.

Les doutes que j’avais deviennent de plus en plus forts. Nous mangions ensemble avant, c’était même mon moment préféré de la journée, mais visiblement il n’a pas envie de le partager avec moi. Je sais qu’il a tout le temps pour parler avec Héphaï, il peut bien se passer de lui quelques heures. Il le peut effectivement, mais visiblement il ne le souhaite pas.

Je ne comprends vraiment pas. Je n’ai rien fait, je l’ai sagement attendu et maintenant il m’ignore. Je ne mérite pas ça. Que peut-il bien se passer dans la tête d’un homme pour oublier une femme si rapidement ? Pour moi ces moments étaient importants mais que signifient-ils pour lui ? Rien, visiblement. J’avais l’impression d’être spéciale pour lui, mais maintenant je ne suis plus rien. Cela blesse réellement mon estime au plus profond de mon âme. Je n’aurais pas dû m’emballer si vite, comment ai-je pu espérer qu’il me considérerait, moi la pauvre prisonnière. Il m’a déjà oublié. La chute est tellement brutale, je suis passée de privilégiée à pestiférée avec qui on ne veut même plus manger.

Je fixe mon repas mais je n’ai pas d’appétit. Je joue un peu avec les petits pois présents dans mon assiette, ne sachant pas trop quoi en faire. C’est une tristesse différente de celle que je vis depuis plusieurs mois. Celle-ci vient entacher mon amour propre, je me sens nulle. C’est sûr, il a trouvé une autre femme. Elle doit être très belle alors que moi je fais peur à voir. Je me demande qui elle peut bien être. Peut-être une paysanne, qui voit ici la chance de sa vie. Je sais qu’il doit la traiter comme une reine.

Quant à moi, il me virera bientôt de sa chambre que j’ai investie depuis bien longtemps maintenant. Je ne sais pas où j’irai, il voudra peut être mon ancienne chambre pour sa campagne. Je me retrouverais avec un peu de chance dans les petites pièces pour les domestiques. J’y serais sûrement très bien accompagnée au moins, ils sont pour la plupart très gentils avec moi. En tout cas, une chose est clair, l’amour c’est terminé pour moi.

Je vais préparer moi-même mes affaires, ce sera beaucoup moins humiliant. Pour le moment j’irai m’installer dans mon ancienne chambre, en espérant qu’elle soit toujours libre. Je commence à regrouper mes robes et mes quelques produits de beauté. Le chemin n’est pas long jusqu’à mon ancien lieu de vie. La pièce me semble tellement froide et petite comparée à celle d’à côté. Je n’ai pas l’impression d’être chez moi. Je range mes vêtements et j’y trouve mes anciennes robes. Je ne sais pas pourquoi j’ai arrêté de les porter. Je voulais probablement m’intégrer à cette nouvelle cours. Mais moi ce que j’aime, ce sont mes tenus colorées, c’est mon identité. Demain je les reporterai, peu m’importe ce que pourront penser les autres.

Je me prépare pour aller dormir lorsque ma porte s’ouvre sans frapper. Je n’ai même pas besoin de vérifier pour savoir qui vient de rentrer. Une seule personne aurait assez de toupet pour franchir la porte sans demander la permission. Puis son odeur que j’aime tant envahit immédiatement la pièce. Je m’efforce de ne pas laisser vagabonder mon esprit vers la dernière nuit que nous avons passé ensemble.

—   Être un Empereur ne t’autorise pas à pénétrer dans la chambre des demoiselles sans autorisation.

—   Cela ne te dérangeait pas auparavant.

—   Non, mais visiblement les choses ont changé en ton absence.

—   Oui, en effet.

Cette réponse me fait mal. Même si je m’en doutais, cela me fait de la peine de l’entendre, confirmant de plus mes inquiétudes. Mon cœur se brise. J’ai même l’impression que cela est réelle, que la douleur est physique. Je ne pensais pas que cela pourrait me faire tant souffrir, même si je pensais pourtant m’y connaître en douleur. Mais j’en découvre une nouvelle.

—   Très bien, si cela a changé, je ne vois pas pourquoi tu es venu dans ma chambre.

—   Je trouve que tu mérites des explications. Je ne pensais pas que tu aurais déjà quitté la chambre, j’ai dû te chercher.

—   Et tu m’as trouvée. Je ne suis pas stupide Kaël, j’ai bien remarqué ta froideur, je ne vois pas pourquoi je serais resté chez toi.

—   Je suis désolé d’avoir été comme ça tout à l’heure, mais, je ne savais pas quoi te dire.

—   J’espère que maintenant tu sais.

Je me décide enfin à me retourner pour être face à lui. Il semble beaucoup moins arrogant que lors de sa parade de tout à l’heure. Il fixe le sol et frotte sa nuque. Le fait de le voir gêné, me donne un peu de réconfort. Je ne pensais pas pouvoir l’impressionner un jour. Malheureusement ce sont dans de mauvaises circonstances. Cependant je dois entendre ce qu’il veut me dire. Je l’encourage donc à prononcer des mots qui vont me faire de la peine à entendre.

—   Je t’écoute.

—   On m’a beaucoup parlé de toi pendant mon absence. On m’a dit que je faisais une erreur en  me rapprochant de toi.

—   Et en quoi suis-je une erreur ?

—   Ce n’est pas toi l’erreur, c’est notre relation. Tu es une ancienne princesse sans royaume, je ne pense pas que ce soit très sage de continuer ainsi. Nous ferrons mieux d’arrêter maintenant, sinon nous allons au devant de nombreux problèmes.

—   Je te pensais bien plus courageux.

—   Être courageux ne doit pas pousser à être sot. Je ne pense pas que tu souhaites être une simple maîtresse. Tu ne peux pas être une épouse, tu n’es qu’une prisonnière. Imagine ce que l’on dirait de moi ! Je dois faire attention à mon image, et pour cela je dois m’éloigner de toi. Je suis un Empereur, pas simplement un homme.

Je pourrais rester sur ces explications. Mais ma jalousie me pousse à être toujours plus curieuse, quitte à me faire souffrir.

—   Tu as trouvé quelqu’un d’autre ?

—   Oui.

Je reste quelques secondes interloquée. Je n’ai même pas le temps de répondre qu’il est déjà sorti de la pièce. Visiblement sa décision est prise, et je ne compte pas le supplier, je suis plus digne que cela. Cependant, je ne parviens pas à retenir mes larmes. Je dois arrêter ça tout de suite, il ne les mérite pas. Il préfère son image plutôt que moi, quel idiot, il ne doit pas être si sûr de lui pour se préoccuper de ce que pense les autres.

Ces explications m’ont au moins permises de me donner une petite idée de celle qui m’a remplacée. Ce n’est sûrement pas une simple paysanne, qui donnerait elle aussi, une mauvaise image, la pauvre, elle ne vivra donc pas son conte de fée. Peut-être que c’est une Princesse ? Cependant je ne vois pas où il l’aurait rencontrée. Ce n’est pas une chose qui court les rues dans mon pays. J’étais bien évidement la seule avant d’être capturée. De plus, il l’a déjà trouvée et je n’ai vu aucun nouveau visage lors de sa parade.

Cela doit donc être une fille de bonne famille tout simplement, provenant de son propre peuple, toutes celles du mien ayant préféré fuir plutôt que de prendre part à cette parade. Bien qu’importante, cette révélation ne me permet pas de savoir qui est cette mystérieuse jeune fille, des demoiselles privilégiées il y en a beaucoup. Il a pu faire son choix parmi plusieurs dizaines de prétendantes n’attendant que ça. Elle doit donc avoir de nombreuses qualités, ce qui me dérange, j’aurais préféré qu’il soit contraint d’épouser une femme bête et méchante. Cela aurait été bien fait pour lui et de cette façon il m’aurait regretté toute sa vie !

Je ne peux m’empêcher de me demander s’il va bientôt l’épouser. Il est en âge de se marier et ses proches doivent le pousser dans ce sens. Je ne suis pas pressée de voir ce spectacle qui me brisera le cœur. Mais que suis-je en train de dire, je ne serais bien évidemment pas invitée. Et puis dorénavant je dois tout faire pour l’oublier.

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