Chapitre 27
Le soleil vient réchauffer ma peau. J’ouvre lentement les yeux et je vois, en contre jour, Kaël debout en train de s’habiller. Son corps imposant cacherait presque le soleil. Je me demande quelques instants ce que je fais là, avant que les souvenirs de la veille ne me reviennent.
— Que fais-tu ?
Il se retourne vers moi, l’air amusé.
— Etre Empereur demande quelques obligations tu sais.
— Mais le médecin a dit…
— Ce que dit le médecin n’est pas aussi important que ce que je dis. Mais c’est gentil de te préoccuper de moi. Tu m’aimes bien dans le fond, pas vrai ?
— Kaël …
— Je rigole détends-toi. Je serai occupé toute la journée mais tu peux te promener dans le palais comme bon te semble. Et l’on se retrouvera ici ce soir, j’ai fait porter toutes tes affaires.
— Pardon ?
— Si je te surveille moi-même, on a peut être une chance que tu arrêtes de faire des bêtises.
Je n’ai même pas le temps de répondre qu’il est déjà sorti de la chambre. Je l’entends donner ses instructions me concernant à ses gardes et le silence revient. Je ne suis pas sûre d’avoir compris tout ce qu’il s’est passé ces dernières minutes. Ai-je rêvé ? La pile de mes vêtements sur la petite table près de l’entrée m’informe que non. Je suis énervée qu’il puisse penser qu’il n’y a pas besoin de me demander mon autorisation pour m’installer dans ses appartements, mais je suis également ravie de passer une nouvelle soirée avec lui. Je vais devoir néanmoins réfléchir à comment je pourrais montrer mon mécontentement. Cependant je n’ai pas le cœur à ça pour le moment. Kaël a dit que je pouvais sortir et je compte bien le faire, en restant dans l’enceinte rassurante du palais cette fois-ci. Je me presse de m’habiller et vais faire ma coiffure habituelle maintenant, c’est-à-dire, juste me brosser les cheveux. Lorsque je sors de la salle d’eau, un petit plateau avec mon repas m’attend sur la table. Je le dévore rapidement et je cours vers la porte. Lorsque je l’ouvre, je me retrouve face à face avec mes anciens gardes. Visiblement ils n’ont pas été punis pour leur petites siestes et cela me soulage. Je n’avais pas réfléchi avant qu’ils auraient pu être des victimes collatérales de ma fugue.
— Je tenais à m’excuser pour le tort que je vous ai causé messieurs.
— Ce n’est rien Madame. Si nous devions vous surveiller c’est que l’on se doutait bien que vous souhaitiez partir.
— Je vous remercie pour votre compréhension. Rassurez-vous, ma petite visite de la ville a calmé mes ardeurs. Nous pouvons donc nous promener l’esprit tranquille.
— Ce serait un plaisir de vous accompagner madame, mais l’Empereur nous a indiqué que vous étiez totalement libre de vous déplacer seule. Tout le palais en a été informé, vous pouvez donc vous promener sans risquer d’être importunée.
Je suis ébahie. Alors que je me suis enfuie, qu’il a dû se battre pour moi et risquer sa vie, Kaël me laisse libre dans le palais. Cela doit sûrement être une tactique pour me faire passer l’envie de recommencer mes petites sorties. Je dois avouer que cette technique fonctionne car je n’ai plus du tout envie de sortir de mon précieux palais. Je profite de la liberté qui m’est donnée et je me précipite vers les jardins. Je déambule paisiblement en oubliant même que toute ma vie a basculé. Rien n’a changé ici, tout est aussi beau, tout est aussi calme comme à l’abri du temps qui passe, des guerres, des horreurs du monde. L’eau coule toujours de la même manière et le vent souffle toujours entre les branches d’arbres provoquant un ballet de feuilles volantes autour de moi. Rien ne vient jamais perturber ce lieu. Je décide de continuer ma relaxation dans ma grotte favorite. Je ferme les yeux et écoute la sereine mélodie de la cascade.
— Ah te voilà enfin ! Je te cherche depuis des heures !
Mon moment de détente s’interrompt brutalement. L’on vient me sortir de mon sentiment de quiétude et l’on me ramène à la réalité. Cette voix résonne dans la grotte est ceci m’est terriblement désagréable. Je me lève donc pour sortir et continuer ma marche tandis qu’elle me suit.
— Bonjour Cassandre, comment vas-tu ?
— On se moque de comment je vais ! Pourquoi es-tu ici ?
Son ton est brutal et sa voix pleine de reproche. Je peux comprendre sa déception mais il n’est pas nécessaire de me la faire partager. Je lui raconte donc en détail mon aventure hors de ces murs.
— Et tu vas repartir pas vrai ?
— Non, les gens me détestent, je suis en danger dehors.
— Mais ta famille ?
— Je trouverai une autre solution plus tard, mais je ne recommencerai plus, donc maintenant arrête d’insister.
— Tu abandonnes donc si facilement ? Je suis sûre que ta famille serait déçue de te voir si peu combative. Il ne compte donc pas pour toi ?
— Bien sûre que si, mais j’ai réalisé que la fuite n’est pas la meilleure solution ! Ma famille me préfère en vie plutôt que morte !
Elle semble très déçue, Cassandre se mure dans le silence. Je ne comprends pas sa réaction. C’est moi qui ai perdu ma famille pas elle, sa réaction est exagérée. Et j’ai encore le droit de faire ce que je veux, même si elle est très impliquée dans ma situation. Nous marchons en silence lorsque nous croisons Kaël.
— Bonjour Cassandre.
— Majesté.
Cassandre prend sa voix la plus mielleuse et s’incline devant lui. Il est vrai que je devrais moi aussi faire une révérence en sa présence, mais ça m’est totalement sorti de l’esprit tant les évènements récent bousculent mon existence. Il lui répond par un petit mouvement de tête et s’adresse à moi.
— Diane je souhaitais te dire que je ne pourrai pas rentrer avant le coucher du soleil ce soir.
— Très bien, il n’y a pas de problème, passe une bonne journée.
Il repart aussi rapidement qu’il est venu, suivi par toute sa garde.
— Tu tutoies l’Empereur ?
— Oui pourquoi es-tu choquée ?
— Seules deux personnes ont jusqu’à présent été autorisées à le tutoyer, sa nourrice et Héphaï. Même des hommes qui le connaissent depuis sa naissance ou d’autres Rois doivent le vouvoyer. C’est pour cela que ça m’étonne grandement.
Je ne sais pas quoi répondre. Je ne savais même pas qu’il me faisait un honneur, après tout lui aussi me tutoie. Mais bon, il est vrai que moi je ne suis plus qu’une prisonnière, même Alexeï le faisait. Ne souhaitant pas poursuivre cette conversation avec Cassandre, je change de sujet.
— Mais dis-moi, comment cela se fait-il qu’un si grand et respectable Empereur connaisse ton prénom ?
Cassandre semble rougir. Pourquoi ma question la gêne-t-elle ? Cette fille a de nombreuses réactions étranges.
— Nous nous connaissons un peu, nous fréquentons le même cercle. Je pensais faire partie de ses proches mais à côté de votre relation je passe pour une simple inconnue.
— Nous n’avons pas de relation.
— Il t’a bien dit qu’il ne rentrerait pas avant le coucher du soleil ? Vous dormez ensemble n’est ce pas ?
— Ce n’est pas ça, je prends soin de lui vu qu’il est blessé et il veut me garder à l’œil.
Une part de moi doute que cela soit les vraies raisons. Cependant je ne comprends rien à ce qu’il se passe actuellement, je vais donc rester sur les raisons officielles. Cassandre me foudroie du regard, elle ne semble pas croire à mes explications non plus.
