Chapitre 24
Les gardes, stupéfaits, s’exécutent en s’écartant et nous pénétrons dans la pièce. La décoration a changé depuis que je vivais ici. Dorénavant de grands rideaux cousu d’or entourent les fenêtres et l’immense lit à baldaquin. Il est si grand qu’il occupe une majeure partie de la pièce. Je dépose Kaël dans sa couche et il me demande d’aller fermer les fenêtres et siffle pour appeler un garde qui se chargera d’allumer toutes les bougies. Il ne doit pas vouloir être vu et cela rend la pièce beaucoup plus chaleureuse.
Après avoir longtemps hésité, je m’avance vers lui et je m’assois à ses côtés. Je regarde le bout de tissus de mon affreuse robe, le sang ne semble plus couler, et je crois que c’est déjà une bonne chose. Mais maintenant je ne sais plus quoi faire, je n’ai pas pour habitude de soigner les gens. Il semble lire dans mes pensées car il me demande d’aller voir les gardes devant sa porte et de leur dire d’appeler son médecin habituel, ce que je fais immédiatement. Après cela je retourne à son chevet, sans dire le moindre mot. Je le regarde, il ferme les yeux mais maintenant ce n’est plus de la douleur que je vois sur son visage mais de la fatigue. Tout ceci à cause de moi, je ne comprends pas pourquoi il m’a encore aidée.
— Je suis désolée Kaël.
— Oui tu peux l’être, tu es totalement inconsciente de sortir seule du palais.
— Mais je ne vais pas rester prisonnière toute ma vie. Tu n’aurais pas dû m’empêcher de sortir de ma chambre.
— Je ne t’en ai pas empêchée, c’est toi qui n’a pas voulu te promener quand je te l’ai proposé.
Il n’a pas tort. Il a voulu se montrer sympathique avec moi, mais j’étais tellement aveuglée par la colère que je n’ai rien vu.
— J’étais tellement inquiet pour toi. Tu ne te rends pas compte comme c’est dangereux dehors. C’est un miracle que tu sois restée en vie si longtemps, je m’attendais réellement à ne pas te retrouver vivante.
Il était inquiet ? Je pensais qu’il serait furieux car je ne lui avais pas obéis et que j’avais fui pour retrouver ma famille. Mais non, il avait juste peur pour moi.
— Je…
Je ne peux pas terminer ma phase car je suis coupée par le bruit des doubles portes qui s’ouvrent violemment. Je vois apparaître un homme, paniqué. Il est habillé en noir, mais sa tenue est plus belle que celle des autres soldats grâce aux matières précieuses qui l’ornent. Il est très grand, mais moins que Kaël. Bien que leurs physiques soient différents il est tout aussi beau.
— Kaël comment vas-tu ? Que s’est-il passé ?
Je constate immédiatement que son ton avec Kaël est familier. Ils doivent donc être proches, d’autant plus qu’il est rentré sans attendre la permission. Pendant que je l’observe, il me regarde à son tour.
— C’est elle ?
— Oui et laisse la tranquille, ce ne sont pas tes histoires Héphaï.
— Lorsque mon ami d’enfance risque sa vie, cela me concerne toujours.
Je me sens réellement mal à l’aise. Il a raison c’est à cause de moi que sa vie est en danger. Heureusement, cette conversation est interrompue par l’arrivée du médecin qui nous demande de sortir le temps des soins.
— Héphaï, reste avec Diane s’il-te-plaît, elle a toujours des problèmes lorsque l’on la laisse seule.
Il acquiesce d’un mouvement de tête. Quant à moi, je suis assez vexée par cette remarque, je sais me débrouiller seule même si dernièrement les exemples ne sont pas nombreux. Nous nous retrouvons devant la porte et Héphaï indique aux gardes de nous laisser seuls, ce qui ne me rassure pas. Il ne semble pas me porter dans son cœur et je le comprends.
— Je suis désolée d’avoir mis en danger la vie de ton ami, ce n’est pas ce que je voulais, je souhaitais seulement retrouver ma famille.
Il me fixe, les yeux ronds. Je pense qu’il ne devait pas s’attendre à ce que je m’excuse. Un sourire nerveux vient orner son visage.
— Lorsque que tu es partie il était mort d’inquiétude et je déteste le voir ainsi. C’est une bonne personne, si tu le respectes il pourrait te traiter comme une reine. Mais s’il devient ton ennemi ta vie sera un véritable enfer. Tu as de la chance car, pour une raison qui m’échappe, il semble t’apprécier.
Ce qu’il me dit résonne dans ma tête, je ne veux plus faire de mal à Kaël. Et de toute façon je ne veux plus sortir d’ici, l’expérience fut bien trop traumatisante. Je vais donc suivre les conseils d’Héphaï et tenter de découvrir la personnalité de Kaël pour vivre en harmonie jusqu’à ce que ma famille reprenne le pouvoir. Il semblerait qu’Héphaï et moi n’ayons plus rien à nous dire et le silence devient de plus en plus pesant. Heureusement le médecin vient le briser.
— Madame, Monsieur, j’ai terminé. Tout va bien, son état est stable, il ne présente aucun signe d’infection avancée. Maintenant il a seulement besoin de repos. Il devra appliquer cette lotion sur la plaie trois fois par jour.
Il me donne une petite fiole, visiblement cette mission m’est confiée. Je ne rechigne pas, je lui dois bien ça. Je resterai à ses côtés jusqu’à ce qu’il se rétablisse. Héphaï remercie le médecin et s’adresse à moi.
— Je dois partir donc je te le confie. Prends en soin cette fois. J’espère pouvoir te faire confiance.
Héphaï ne semble pas rancunier et à l’air de vouloir me laisser une chance de me rattraper. Je vais la saisir. Je le vois s’éloigner avec le médecin et je retourne dans la chambre, rejoindre Kaël.
