Chapitre 23
Il est blessé au bras. Il recule de deux trois pas, analyse sa blessure et constate qu’il saigne. Cependant il ne reste pas longtemps sous l’effet de la surprise et reprend rapidement le combat. C’est la seconde fois qu’il m’aide alors que je suis en danger, maintenant c’est à moi de le sauver. À cause de sa blessure il est plus faible et la situation pourrait s’aggraver rapidement. Je vois un petit couteau au sol, la voilà ma chance. Je cours le saisir et, sans réfléchir, je viens le planter dans le dos du géant. Surpris, il se retourne dans ma direction, prêt à m’attaquer. Je me retrouve démunie face à ce colosse qui a mon couteau dans son dos. Je recule doucement en le fixant droit dans les yeux, y voyant toute sa haine. Alors qu’il lève son arme vers moi, il s’effondre avant qu’il ne puisse me porter le coup fatal.
Alors qu’il s’écrase au sol, je vois Kaël qui se tient derrière lui, son épée encore planté dans le dos du géant. Kaël titube légèrement sur le côté avant de tomber à son tour en se tenant le bras. Il a perdu énormément de sang, le liquide rouge formant une mare à ses côtés. Sa peau est encore plus blanche et la douleur marque son visage. Je ne veux pas qu’il meurt par ma faute, ma vie ne mérite pas la sienne. Je me précipite vers lui et m’accroupie à ses côtés. J’arrache le bas de ma robe et l’enroule autour de sa blessure pour stopper l’hémorragie. Je passe son bras sur mes épaules et je le soulève péniblement. Je ne m’attendais pas à ce qu’il soit si lourd mais je ne flanche pas. Je tente de siffler pour appeler son cheval en espérant qu’il soit bien dressé, et par chance il l’est. Il arrive jusqu’à nous et je tente de faire monter Kaël dessus. Heureusement il a assez de force pour se hisser sur sa monture.
— Tu viens ?
Il me tend la main m’invitant à le rejoindre. J’hésite car je ne sais pas ce qu’il fera de moi lorsque l’on sera rentré. Mais je sais ce qu’il se passera si jamais je reste dehors.
— Allez viens s’il te plaît, j’ai besoin de toi.
Je ne sais pas réellement ce que cela signifie. Il doit faire allusion au fait que je suis une prisonnière précieuse pour faire pression sur ma famille. Mais il est également blessé et je ne peux pas le laisser seul sur son cheval. J’attrape donc la main qu’il me tend et le rejoins derrière lui. Il attrape les rennes et donne un petit coup de talon à son cheval pour lui demander d’avancer, ce qu’il fait docilement.
Nous progressons lentement jusqu’au palais, mais nous y voilà déjà. Je suis sortie par la petite porte et maintenant je vais rentrer par la grande. Lorsque les gardes m’aperçoivent, ils me fixent l’air ébahi, les yeux écarquillés et la bouche grande ouverte. Kaël leur lance un regard autoritaire leur intimant l’ordre d’arrêter de me fixer et de reprendre immédiatement leur travail pour ouvrir les énormes portes. Nous continuons d’avancer à l’intérieur du palais dans un silence perturbant. Visiblement ma fugue fut remarquée. Et je suis de retour avec leur Empereur blessé. Personne n’ose même respirer, par peur de faire le moindre petit bruit.
Nous arrivons au bout de la cour, c’est le moment de retourner sur la terre des hommes et de quitter notre magnifique monture. Tous les regards sont sur nous mais je fais mon maximum pour les ignorer. Kaël descend à son tour et revient placer son bras le long de mes épaules. Je baisse la tête n’osant pas affronter tous ces regards inquisiteurs. Oui je le sais, c’est de ma faute. Lors de notre lente procession je croise Cassandre, me foudroyant du regard. Désolée d’avoir gâché ton plan si génial, je l’avoue je suis nulle et j’en ai bien conscience. Nous avançons jusqu’à ma chambre, enfin non pardon, sa chambre. Devant la porte, des gardes nous bloquent le passage.
— Majesté, souhaitez-vous que nous l’emmenions au cachot ? Ou préférez-vous qu’elle rencontre tout de suite le bourreau ?
Même si je devais m’y attendre, je suis effarée. Le bourreau ou le cachot, aucune de ces solutions n’est reluisante. Mais j’ai pris un risque et je dois maintenant en payer les conséquences. Mais je ne suis pas prête. Pouvons-nous être prêt à ça de toute façon ? Je ne pense pas.
— Non laissez-la. Elle va rester avec moi et vous, partez.
