J’étais si préoccupée, que je n’avais pas remarqué que nous étions déjà arrivées devant la porte. Cassandre sort une petite clé qu’elle a caché dans ses sous-vêtements. Elle la glisse dans la serrure et la porte s’ouvre petit à petit vers le monde. Cassandre passe la première.
— Génial, comme je l’avais prévu.
— Quoi ?
— C’est l’heure de la relève des gardes. Il y a toujours un petit délai entre le départ du premier et l’arrivée du second. Dépêche-toi, tu n’as pas beaucoup de temps.
— Merci beaucoup, je n’aurais jamais pu faire tout cela sans ton aide.
— Ne t’inquiète pas c’est normal. Bonne chance Diane.
Elle me prend dans ses bras pour me dire adieu. Je ne suis pas à l’aise avec ce contact mais je lui dois bien ça. J’ai eu tant de chance de la rencontrer, le hasard m’a été favorable pour une fois. Je lui rends son embrassade et continue de la remercier. Dés qu’elle me lâche je me dépêche de partir, mais j’écoute le conseil de Cassandre et reste calme et fais tout pour avoir l’air normal. C’est alors à cet instant que j’entends la porte se refermer derrière moi.
Voilà, pour la première fois de ma vie je découvre l’extérieur. À cette heure si matinale il y a peu de monde dans les rues. Les maisons sont toutes petites et ne sont faites que de terre et de paille. Je ne pensais pas qu’un être humain pouvait vivre dans une telle demeure. Plus je m’avance dans cette drôle de ville, plus l’odeur m’est insoutenable. Il y a beaucoup d’animaux dans les rues qui se délectent des restes de nourriture qui pourrissent sous le soleil qui commence à nous éclairer. Je décide de marcher sans m’arrêter, je dois m’éloigner le plus possible du palais. Kaël doit être réveillé à présent et je ne peux pas imaginer sa fureur. Je continue d’avancer toute la journée. J’ai soif, j’ai faim, mais je dois continuer. Le soleil se couche quand je m’arrête enfin. Dès que l’excitation est retombée, la fatigue commence à se faire ressentir. Je ne pourrai pas aller bien loin sans être reposée. De plus, j’ai mal aux pieds. Mais où aller sans argent ?
J’ai continué ma marche sans repos des heures, je dois donc être assez loin du palais. Plus j’avançais et moins je voyais de gardes affolés me chercher dans les moindres ruelles. La nuit est tombée et la lumière se raréfie. Je suis baignée dans la pénombre lorsque je remarque une petite maison comme les autres, à la différence que celle-ci est toujours éclairée. Je prends cela comme un signe et je décide de suivre mon destin. Voici où je vais trouver du réconfort. Ce sont à ces gens que je vais devoir faire confiance pour m’aider à retrouver mon père et mon frère. Je vais leur dire que je suis la princesse en espérant que cela leur suffise pour m’offrir le gîte et le couvert. De plus je suis sûre qu’ils seront assez bavards, rares sont les gens qui logent un membre de la famille royale. Lorsque je serai repartie demain matin, l’information sera parvenue à toutes les oreilles dont celles de mes proches qui partiront alors à ma recherche et seront peut-être plus rapide que Kaël. L’espoir d’être enfin à leurs côtés m’enveloppe de douceur et me donne le courage nécessaire pour frapper à la porte de la petite maison illuminée.
Je toque plusieurs fois mais rien ne se passe. Je commence à me dire que je me suis trompée, je n’aurais pas dû croire en un signe qui m’aurait attirée ici. Mais soudain, miracle, la porte s’ouvre sur une petite bonne femme aux joues rougies par le soleil et l’effort.
— Qu’est ce qu’elle veut à cet’ heure la jolie dame ?
Je me sens mal à l’aise d’avoir déranger ces gens si tard. En effet j’aurai pu m’y prendre plus tôt.
— Je suis désolée de vous importuner madame.
— Importuner ? Tu utilises un bien drôle de mot toi !
— Excusez-moi de vous déranger, mais je n’ai nulle part où aller pour dormir et je meurs de faim.
— Et qu’est ce que tu veux qu’ça m’fasse ! Je ne vais pas accueillir tous les déchets de la ville !
— Oh je ne suis pas une mendiante madame, je suis la Princesse.
— La Princesse ? Elle est bien bonne celle là !
Son rire est un son bien laid. La petite dame va pour fermer la porte mais je la bloque afin d’avoir une chance de pouvoir continuer à la persuader.
— Je vous dis la vérité ! Aidez-moi et dès que j’aurai retrouvé mon père je saurai vous remercier pour votre grande aide.
Elle m’observe avec attention, tout son cerveau semble être en action. Puis elle crie, sans me quitter des yeux, en direction de l’intérieur de sa maison.
— Viens donc voir par ici !
Arrive alors derrière un homme bas sur pattes, qui sent l’alcool à des kilomètres et aussi haut que large.
— Cet, moiselle ici présente dit être la princesse. Toi qui a amener quelque fois des provisions au palais, t’vas confirmer ?
Le cube ressemblant à un homme me fixe. Lui aussi active à son tour toutes les cellules grises non imbibée par l’alcool qu’il lui reste, puis son visage s’illumine.
— Ah mais oui je la reconnais. Bon elle était mieux habillées sur l’tableau, mais on n’oublie pas une si jolie fille ! Mais qu’est s’fait là ! Allez entre donc mon enfant !
