Je ne parviens pas à effacer la surprise de mon visage. Je me doutais qu’elle était téméraire, mais pas au point de m’aider à m’échapper.
— Mais, Cassandre, pourquoi ferais-tu cela ?
Elle marque une pause avant de me répondre. Elle réfléchit à ce qu’elle va me dire.
— Je viens de te le dire, je te comprends. Et puis tu es mon amie maintenant, et les amis c’est fait pour s’aider !
Ses yeux pétillent de joie, elle semble ravie de faire ça. C’est bizarre. Ou bien inconscient. Mais pas grave car dans tous les cas, elle va me permettre de m’échapper.
— Et comment pourrais-tu m’aider ?
— Oh c’est très simple ! Les seules barrières qui te séparent de ta famille, ce sont les deux énergumènes devant ta porte et les lourdes portes d’entrées du palais.
— Ça fait tout de même de sacrés obstacles ! Sans oublier que je ne peux pas me promener dans le palais jusqu’à la sortie sans me faire remarquée par des gardes. Et ils s’empresseraient d’aller tout raconter à Kaël qui pourrait ensuite me mettre au cachot sans aucun remord.
— Ceci n’est qu’un détail très facile à contourner non, notre plus grand soucis ce sont les hommes devant ta porte.
Peut-être a-t-elle raison. Kaël a été très clair avec eux, ils ne doivent pas me laisser échapper, et je pense que ces hommes tiennent assez à suivre sa consigne à la lettre.
— Mais ne t’en fais pas j’ai un plan !
Cassandre paraît très fière d’elle et passe son temps à se féliciter, à se dire que c’est une idée géniale.
— Nous allons les droguer !
— Et comment ? Tu vois de la drogue autour de toi ? Je ne vais pas les envoyer dans un monde parallèle avec la bonne eau clair que l’on me sert tous les jours.
— Toi tu n’as pas de drogue, mais moi j’en ai.
— Et comment une jeune fille se retrouve-t-elle avec cela ?
— Mon père a vu des choses horribles pendant la guerre et ne parvenait plus à s’assoupir. Donc un jour nous sommes allés voir une femme, c’était à coup sûr une sorcière. Elle lui a préparé un mélange de plantes pour dormir.
— Et cela fonctionne ?
— Oui bien sûr ! Et le plus drôle c’est qu’un jour mon père a « par malheur » pris une double dose. Il a dormi plus de douze heures et rien ne pouvait le réveiller ! J’aime mieux te dire que je me suis bien amusée pendant ce temps !
— Tu as drogué ton propre père ?
— Ne me juge pas voyons, je m’ennuie et j’ai besoin de distractions, si tu vois ce que je veux dire.
Elle prononce ces mots avec un clin d’œil appuyé. Je pense comprendre le message qu’elle souhaite me faire passer. Cassandre est belle et entourée d’hommes de son âge, dont je n’en doute pas nombreux sont séduisants. Donc non je ne la jugerais pas pour cela, mais droguer son père reste tout de même inadmissible. Cassandre reprend son discours en prenant soin de ne pas parler trop fort.
— Donc nous allons droguer les gardes et hop première barrière franchie !
— Mais pour la suite ?
— En effet, tu ne peux pas sortir par la grande porte. Tout d’abord car elle est très surveillée et en plus je n’ai pas les clés. Mais ne t’inquiète pas, il existe de nombreuses petites portes pour les domestiques. Elles sont beaucoup moins surveillées et, bonne nouvelle, j’ai les clés !
— Vraiment ? Mais comment ?
— J’ai fricoté un temps avec un garçon de cuisine, chargé d’aller au marché pour le réapprovisionnement. Je sais donc où il cache les clés et je pourrais aisément les lui voler.
— Mais tu me dis que les petites portes sont tout de même surveillées comment pourrais-je faire pour les franchir ?
— Rien de plus simple ! Tu n’auras qu’a prendre la tenue d’une femme de cuisine. Personne ne regarde ces femmes. De cette façon tu pourras déambuler dans le palais sans attirer l’attention. Nous exécuterons notre plan à l’aube, de cette façon la majorité des habitants d’ici dormirons encore et tu pourras dire au gardien de la petite porte que tu dois aller au marché car il manque quelque chose pour le petit déjeuner. Je le fais souvent lorsque j’ai envie de prendre l’air, et je n’ai jamais eu de problème ! Bon si, une seule fois mais ce garde était vraiment trop zélé ! Je te rassure ils ne sont pas tous comme ça.
Cassandre éclate de rire. Cela l’amuse peut-être, mais cette dernière information ne me rassure pas du tout. Cependant je dois avouer sauf ce détail, son plan semble parfait. Plus j’y réfléchis et plus il me semble génial. La voilà la clé de la liberté ! C’est Cassandre, insouciante, bavarde et un peu folle. Je me demande tout de même comment elle a pu élaborer un plan avec tant d’aisance et en si peu de temps… Mais tant pis l’important c’est que je puisse m’échapper. Nous nous mettons d’accord pour mettre ce plan à exécution pour demain matin. Je n’ai pas la patience d’attendre plus longtemps, je veux partir, je ne peux pas restée enfermée dans cette chambre toute ma vie. Cependant une question me taraude toujours.
— Mais une fois dehors comment je fais pour vivre ? Je n’ai pas d’argent. Je pourrais prendre quelques objets en or mais je ne pense pas que ce soit suffisant.
— Tu n’auras qu’à compter sur la charité des habitants. Tu es une princesse après tout, tes sujets voudront t’aider.
— Tu en es sûre ?
— Tu es déjà sortie du palais ? Non jamais, alors que moi si donc fais-moi confiance. Tout ira bien. Ce plan est parfait, parfait, parfait.
Elle sort de la pièce et sautille partout, très excitée. J’ai l’impression qu’elle est aussi heureuse que moi de ce projet d’évasion. Je décide d’aller me coucher pour être en forme demain. Je ne sais pas encore où je vais aller, mais en tout cas dans quelques heures, je ne serai plus ici.
