Lorsqu’elle me voit, elle sourit et semble satisfaite d’avoir réussi son coup. Elle s’avance, conquérante, jusqu’à moi et me tend la main.
— Enchantée, je m’appelle Cassandre. Je suis la fille d’un général mais comme ma mère est morte et que je n’ai pas d’autre famille je dois suivre mon père partout. Cela m’ennuie à en mourir. Je suis contente d’avoir une nouvelle amie.
Je reste stupéfaite un instant. Je n’ai jamais entendu une personne dire autant de mots en si peu de temps. Je l’ai rencontrée il y a quelques secondes et je connais déjà une grande partie de sa vie. Je suis un peu déconcertée par cette attitude, je n’ai pas l’habitude que l’on s’adresse à moi de la sorte. Dans mon passé on ne pouvait pas me parler sans autorisation. Cependant elle semble être ma seule possibilité de parler à qui que ce soit, je saute donc sur l’occasion et lui tends à mon tour la main.
— Ravie de te connaître Cassandre, je m’appelle Diane. Je suis désolée pour ta mère.
— Oh ne t’en fais pas, ce n’est pas grave, je ne l’ai jamais connue. Ce qui m’embête le plus c’est d’être bloquée ici.
Elle éclate de rire, il semblerait qu’elle ne porte pas le deuil de sa mère. Je ne sais pas encore si nous avons des points communs mais je vais bien devoir me contenter d’elle comme amie. Puis vu sa capacité à dire quinze mots à la seconde, je devrais très vite la connaître.
Nous discutons pendant plusieurs heures. Cassandre est plutôt sympathique bien qu’elle soit la personne le plus bavarde que je connaisse. Elle m’a raconté à quoi ressemblait son pays, pourquoi son vieux père avait décidé de s’engager et comment c’était horrible de devoir le suivre. Mais elle a ajouté que cet enfer était amenuisé par la joie de pouvoir fréquenter Kaël, un si bel homme. Je n’ai pas pu la contredire sur ce point et parler de lui m’a fait rougir. Par chance elle n’a rien remarqué. Entre deux monologues, elle me pose tout de même des questions pour savoir qui je suis. J’ai décidé d’être totalement honnête avec elle, non pas parce que je pense pouvoir lui faire confiance, mais parce que j’ai besoin d’en parler. Ça me fait un bien fou de parler de tout ce que j’ai vécu. Je sens même ma colère diminuer, je me sens plus forte à présent. Cassandre semble captivée par ce que je lui raconte. Elle est stupéfaite lorsque je lui raconte que je suis une princesse, elle ne pensait pas pouvoir en rencontrer une dans sa vie et être son amie. Je dois avouer que cette fille est rafraîchissante, je suis contente de l’avoir rencontrée. Lorsqu’elle part, elle me promet de revenir demain et contre toute attente, cela me réjouit.
Elle tiendra sa promesse, elle reviendra le lendemain, le surlendemain et puis tous les jours. Ces entrevues m’ont permis de garder le moral. Je suis heureuse qu’elle soit là, car dans le cas contraire, personne ne serait venu me voir, même pas Kaël. Il est donc têtu, très bien ce n’est qu’une chose de plus à la liste de ses défauts. Cassandre me parle beaucoup de lui. Elle m’indique que sa famille fut décimée en quelques mois. Ils sont tous morts un par un de maladie, la rumeur parle même d’empoisonnement. Le petit Kaël était, à huit ans, le seul survivant de sa famille grâce à l’amour de sa nourrice qui s’est occupée de lui comme de son propre enfant. La pauvre femme est morte il y a quelques années et cela l’aurait détruit. C’est suite à cela qu’il a commencé la guerre. Je comprends la peine que la perte d’un proche puisse apporter mais ce n’est tout de même pas une raison pour m’enlever ma famille.
Elle continue et m’explique que la régence était tenue par un horrible politique qui aurait bien aimé garder le pouvoir pour lui seul. Il a tenté de tuer Kaël lorsque le pouvoir lui revenait de droit, à seulement dix huit ans. Manque de chance pour lui, Kaël était le plus intelligent des deux. Il a déjoué ses manigances, l’a emprisonné et l’a livré en pâture au peuple que ce politique avait massacré, torturé, pillé pendant dix ans. Il se raconte maintenant qu’il y a des bouts de cet homme à travers tout l’Empire. Je comprends donc là que Kaël est malin et que mon plan d’évasion devra être parfait pour qu’il ne le déjoue pas. Cassandre parle de son Empereur avec des tonnes d’admiration. Il a l’air d’être aimé par son peuple. Je peux le comprendre, ils ont vécu l’enfer avec ce vieux politique, ils sont donc ravis d’avoir un Empereur jeune, beau et qui ne les tue pas tous. Je suis peut-être la première personne au monde à ne pas l’aimer mais il m’a rendu la vie horrible.
Cassandre fait plus de monologues que d’habitude aujourd’hui. En effet j’ai l’esprit ailleurs. Je me demande ce que fait ma famille et comment je pourrais les rejoindre. Est-ce-que Cassandre pourrait avoir des informations sur eux ? J’ai un peu peur de lui demander, je redoute qu’elle aille raconter à Kaël que je recherche mon frère et mon père et que cela aggrave ma situation. Cependant je ne peux pas rester dans l’ignorance.
— Cassandre, sais-tu ce qui est arrivé à ma famille ?
— Ton père et ton frère ? Tu veux dire le Roi et le prince héritier ?
— Oui, je n’ai qu’un seul père et qu’un seul frère.
Mon cœur bat à tout rompre et ses questions ne font qu’accentuer le suspens.
— Tu sais, si nous avons pris possession du palais c’est qu’ils sont en très mauvaise posture.
Mon souffle se coupe. Je ne m’en remettrais jamais si ils souffraient à cause de cette guerre. La colère commence à reprendre possession de mon corps.
— Mais d’un autre côté, je sens une agitation dans le palais et nous ne sommes jamais restés aussi longtemps à un même endroit. Cela ne m’étonnerait pas qu’ils inquiètent Kaël et qu’il les cherche. Jamais il ne pourrait partir s’il n’a pas totalement gagné. Mais bon, on ne me dit jamais rien à moi.
Cassandre baisse la tête, peinée de ne pas être mise dans les confidences parce que c’est une femme. Je la comprends, c’est frustrant. Je suis soulagée de me dire qu’ils vont bien mais ma poitrine se serre lorsque je les imagine traqués par cet empereur en blanc.
— Mais pourquoi me demandes-tu ça ?
J’aurais dû me préparer à cette question, mais je panique tout de même.
— Tu veux les retrouver, c’est ça ?
Et voilà elle a compris. Elle va tout raconter à Kaël et cela va l’énerver, encore plus. Comment va-t-il me punir maintenant ? Il va peut être me priver de nourriture, ou bien je vais aller retrouver mon vieil ami puant qu’est Alexeï.
Ne panique pas Diane, je te comprends moi aussi je serais perdue sans mon père même si je passe mon temps à pester contre lui. Je n’irai rien dire à Kaël, et je vais même t’aider à les rejoindre du mieux que je peux.
