Chapitre 22
— Diane.
Une voix familière me sort de ma torpeur. Je suis si soulagée qu’il soit là. Cela doit être mon imagination, ce n’est pas possible. Comment a-t-il fait pour me trouver aussi vite. C’est un miracle. Mais non je ne rêve pas, car mes assaillants sont stoppés dans leur élan. Ils l’entendent donc eux aussi et cela me rassure. Ils chuchotent assez fort, ce n’est pas suffisant pour que je comprenne mais ils ont l’air paniqué par la situation. La roue tourne.
— Lâche-la, tout de suite !
— Non on a le droit, on fait s’qu’on veut !
L’homme au couteau lui répond, l’angoisse présente dans sa voix grésillante. De toute façon il est trop tard à présent, il ne peut plus reculer, sa réponse ne m’étonne donc guère.
— Je te laisse une dernière chance, lâche la. Je ne me répéterai pas.
Sa voix se fait menaçante. Il espace chaque mot en criant de plus en plus, au point d’hurler à la fin de sa phrase. Tout le monde s’arrêtent de respirer et fixe l’homme qui, il y a quelques secondes était prêt à m’égorger. Il panique de plus en plus.
— Qu’est que t’vas nous faire ? Tu es tout seul et nous nous sommes nombreux. Donc oublie-la et laisse-nous nous amuser ! On s’en fout d’elle, elle n’est plus rien !
Il a raison, comment pourrait-il retenir à lui tout seul tant de personnes. Son charisme ne semble pas suffire dans cette situation et même si c’est un guerrier hors pair, le combat est inégal. Personne ne pourrait s’en sortir seul face à eux tous.
— Ne me sous-estime pas, espèce d’imbécile !
Que veut-il dire par là ? Je ne veux pas qu’il risque sa vie pour moi, ce serait suicidaire que de tenter de les battre. À cause de moi, nous sommes perdus tous les deux. Il pourrait fuir, mais je commence à le connaître, je doute fortement qu’il fasse cela. Alors que je commence à perdre tout espoir, je l’entends siffler. Le sol tremble et les regards se tournent tous. Il n’est pas venu seul et les renforts arrivent tambours battants.
— C’est vraiment votre dernière chance. Partez, et vite !
Certains l’écoutent et courent à une vitesse folle pour fuir. D’autres sont plus téméraires, ou stupides, et décident de rester pour se battre. Pauvres fous, vous ne faites pas le poids face à lui, si vous saviez. L’un des hommes du peuple revient avec de nombreux couteaux qu’il distribue à ses amis. La foule qui s’éparpille me permet de le voir, enfin. Il est sur un grand cheval blanc, tandis que ces hommes sont à pieds. Je n’ai pas le temps de l’admirer plus qu’il démarre le combat. Ses combattants se battent face à mes agresseurs tandis que lui fond sur moi, au galop.
Mais il est stoppé dans son élan par un homme immense venant se placer devant son cheval qui, apeuré se cabre faisant tomber son cavalier. Mais il se relève sans peine et répond aux assauts du géant qui l’attaque sans retenue. Cet homme semble être un habitué de la guerre car sa technique de combat est efficace, maîtrisée et m’impressionne.
Je reste tétanisée par la peur. Il est en train de se battre pour me sauver mais je reste là, immobile. Tout cela est de ma faute, j’ai été inconsciente. J’aurais dû savoir que nous ne pouvions faire confiance à personne en ces temps de guerre. Mais je devais bien fuir non ? Oui, je devais partir, je n’avais pas le choix, je ne pouvais pas rester prisonnière sans rien faire. Mais je ne connaissais rien du monde extérieur, je ne me doutais pas qu’il était aussi féroce. Toute ma vie j’ai été protégée et je ne pensais pas que dehors on tuait les gens sans raison. Je n’imaginais pas non plus que ma famille ait été tant détestée. Je ne comprends pas pourquoi, je pensais que nous faisions notre maximum, mais il semblerait que non. Et je dois avouer qu’ils n’ont pas tort, je ne me suis jamais préoccupée d’eux. Je ne les connaissais même pas, je ne savais pas où ils vivaient ni leur mode de vie. J’ai honte de moi, de ne jamais avoir été curieuse de découvrir mon peuple. À présent que les présentations sont faites il est trop tard, je pense que le lien est brisé.
Le combat qui se joue devant mes yeux ne se termine pas et devient intense. Je suis de plus en plus terrifiée et je me sens si inutile. Et soudain, je vois un homme géant et menaçant s’approcher de mon sauveur prêt à l’attaquer. Je ne peux plus rester immobile, je cours et le pousser pour éviter un coup mortel. Mais cela n’est pas suffisant, je vois le sang couler.
— Kaël, non.
