Ma nuit fut agitée. Je ne parviens pas à apaiser la colère qui gronde en moi depuis la veille et mon altercation avec Kaël. Plus les secondes s’écoulent et plus le feu anime mon corps. Comment ai-je pu oublier qu’il est mon ennemi ? C’est lui seul le responsable de tout ça, rien ne l’oblige à régner sur le monde. Il pouvait très bien rester dans son petit royaume minable et j’aurais ignoré son prénom toute ma vie. Bon, je peux bien comprendre son envie d’expansion, tous les monarques veulent montrer leur puissance, mais de quel droit ose-t-il s’attaquer à nous ? Nous sommes la plus grande civilisation du monde et lui n’est rien du tout, rien d’autre qu’un sale jeune prétentieux et arrogant. Il devrait nous respecter et s’incliner devant nous ! Pas venir avec son armée de pouilleux pour tenter de nous envahir. Mais il verra bien quand nous récupérerons le pouvoir. Il rentrera chez lui, honteux et humilié par notre puissance.
Voilà je suis encore plus énervée maintenant. Pour me calmer je fais les cents pas dans ma chambre. Je décide tout de même de m’habiller avec ces horribles robes qui me collent et montrent bien trop mes formes. Une fois ceci fait, je ne sais plus quoi faire pour me contenir. Je vais donc sur mon lit m’assoir et marmonne quelques insultes. Puis la porte s’ouvre.
— Madame, nous sommes là pour votre promenade.
— Ma promenade ?
— Oui l’Empereur nous a demandé de vous accompagner où vous le souhaiterez, tant que nous restons dans le palais.
Au vu de notre rencontre d’hier, je ne pensais pas qu’il maintiendrait mon droit à revoir mes beaux jardins.
— Je n’irai pas me balader !
— Mais, Madame, l’Empereur…
— Tant pis pour lui, sortez maintenant !
Les deux hommes semblent surpris par ma virulence, je le suis moi-même, cependant ils s’exécutent et referment la porte derrière eux. Enfin seule, je reprends mes allers et retours le long de ma chambre dans le seul but de me calmer. Mais il n’est pas possible de pouvoir rester tranquille ici car ma porte s’ouvre encore, avec violence cette fois. Kaël entre comme une furie sans ma permission et sans être annoncé.
— Pourquoi n’es-tu pas sortie lorsque l’on te l’a proposé ?
— Je fais ce que je veux.
— Non, tu es ma prisonnière donc je décide ! J’essaye de me montrer agréable mais Alexeï avait raison, tu as un très mauvais caractère.
— Ne pas se laisser faire n’a rien à voir avec un mauvais caractère. Je n’ai pas à m’incliner devant toi.
— Tu ne mérites pas mon attention. Donc maintenant tu resteras ici, toute seule. Si tu ne veux voir personne, tu ne reverras plus jamais personne. Et comme ça je n’aurai plus à te voir pleurnicher !
Son visage exprime toute sa colère et son corps est tendu. Il me pointe du doigt et hurle ses mots. Après avoir déballé tout ce qu’il avait sur le cœur, il claque la porte et disparaît. Je suis maintenant seule dans cette grande pièce et c’était peut être la dernière personne qui allait m’adresser la parole de toute ma vie.
Les revoilà, les larmes me gagnent. Je ne sais même plus pourquoi je suis triste. Est-ce parce je viens de me faire disputer comme une petite fille par un homme qui m’impressionne ? Dès qu’il est face à moi je me sens comme une chose fragile qu’il pourrait écraser juste par la force de son regard gris. Je ne comprends pas pourquoi je ressens cela. Pourquoi être triste à cause de lui qui me rejette ? Ce n’est pas normal car je le déteste du plus profond de mon cœur.
Je dois partir d’ici. Mais comment ?
— Bonjour messieurs ! Comment allez vous aujourd’hui ?
Une voix féminine provient de derrière la porte et m’interpelle. Elle doit s’adresser à mes deux gardiens.
— J’ai entendu dire qu’il y avait une femme ici et que nous devions faire connaissance sur ordre de l’Empereur.
— C’est exact, mais il ne souhaite plus qu’elle te rencontre Cassandre.
Bonjour, Cassandre, nous aurions pu être amies mais j’ai préféré me disputer avec ton Empereur qui va donc maintenant me laisser pourrir seule ici, désolée ! Pour être honnête je m’en moque d’avoir une amie, j’ai plus besoin d’un plan d’évasion. Et puis je suis sûre que cette fille s’en remettra très vite.
— Allez s’il-vous-plaît ! On se connaît depuis des années, vous savez bien comme je m’ennuie toute seule ! Laissez-moi me faire une amie !
Elle a sorti sa voix de velours. Elle flirte avec eux sans aucun ambiguïté. Son souhait d’avoir une amie est très fort pour en arriver à draguer deux gardes comme elle le fait.
— Laissez-moi entrer, ça sera notre petit secret. Je vous en serai vraiment très reconnaissante et je saurai vous remercier. Et l’Empereur n’en saura jamais rien, promis !
Il y a un silence de quelques secondes. Les gardes doivent se demander ce qu’ils vont faire de cette fille. Puis j’entends la porte s’ouvrir et vois devant moi une magnifique femme aux cheveux blonds et au teint d’albâtre. Des pépites d’or viennent s’incruster dans le bleu océan de ces yeux. Elle est mon exact opposé, elle est le jour et moi je suis la nuit.
