Comment? Alexeï doit être terrifié pour renoncer au pactole que lui promettait ma vente.
Des fossettes viennent se former sur les joues de l’homme terrifiant et son sourire ironique immaculé nous illumine.
— Tu me fais bien rire. J’ai déjà assez de femmes, que veux-tu que je fasse d’une de plus. Trouve une autre excuse pour ton comportement.
Je ne saurais dire pourquoi mais, je me sens vexée par ces paroles. Mais son avis m’importe peu, enfin devrait peu m’importer.
— Oh mais ce n’est pas n’importe quelle femme, c’est une princesse. Renchéri Alexeï.
— Une princesse?
— Oui c’est la fille de l’ancien Roi de ce pays. Mais elle a un très mauvais caractère, je voulais donc la dresser avant de vous l’offrir.
— Tais toi.
Alexeï s’aplatit encore plus sur le ventre, comme s’il voulait se fondre avec le sol. Des yeux gris attrapent mon regard et se plissent légèrement, comme pour sonder mon âme. Il me fixe et je suis immédiatement intimidée, je rougis sans comprendre pourquoi. Je regarde le sol pour masquer ma gêne.
— Est-ce-que c’est vrai ?
— Oh oui bien sûr, jamais je ne pourrais vous mentir.
— Je t’ai dit de te taire. Je ne te parle pas à toi mais à celle que tu dis être fille de Roi.
Tout en continuant à m’observer, sa voix se fait plus douce et il réitère sa question. J’hésite. Si je lui dis la vérité il voudra probablement me tuer, afin de pouvoir se vanter d’un tel exploit. Mais si je mens, il me laissera avec Alexeï.
Plutôt mourir comme une véritable princesse que de passer une minute de plus avec lui. De toute façon cet homme à l’air d’être de ceux à qui on ne peut cacher la vérité bien longtemps. Ma mâchoire me fait souffrir mais je dois lui répondre.
— Il dit la vérité.
— Vous voyez, je ne vous ai pas menti. Puis il y a de nombreux portraits dans le palais pouvant le prouver.
— Comment oses-tu ne pas suivre mes instructions ? Ouvre encore la bouche une seule fois, et je te fais décapiter sur le champ.
Il hurle sur Alexeï qui, en retour, fait tout pour disparaitre. Et je dois avouer qu’il y arriverait presque.
— Bouge d’ici. Et que je ne te revois plus jamais.
Alexeï se lève malgré ses jambes qui tremblent telles de simples brindilles. Il trébuche une fois puis part le plus vite possible, la peur le rend rapide. Il n’ose même pas se retourner. J’entends l’homme siffler et un autre, tout de noir vêtu, arrive sans que nous ayons le temps de l’attendre.
— Attrapez-moi cette ordure, et mettez-le au cachot. Et que personne ne le fasse sortir sans que j’en ai donné l’ordre.
L’homme en noir s’exécute et mon cœur s’entoure de chaleur. Alexeï va en prison. C’est lui la proie maintenant, plus moi. Je n’ai jamais vu de cellule, mais je me doute que ce n’est pas l’endroit le plus agréable au monde.
— Allez viens.
Je suis tirée de mes pensées vengeresses par une voix douce. L’homme se lève et m’aide à faire de même. J’étais si euphorique pour Alexeï que j’en avais oublié mon nouveau problème. Je serai décapitée demain ou au mieux je serai faite prisonnière pour servir d’otage et faire pression sur ma famille. Je n’aurais pas dû me réjouir si vite de m’être débarrassée d’Alexeï car je risque de le rejoindre.
Sans doute cet homme est un personnage important de l’empire, car il fait parti de ceux qui donne des ordres. Au vu de son impressionnante musculature il doit être un soldat, peut-être est-il un commandant dans ce cas. Je m’attends à ce qu’il me pousse en direction d’un de ses exécutants qui m’emmènera en cage. Mais il n’en fait rien. J’ai enfin repris mon souffle et aimerait en profiter pour l’interroger.
— Que vas-tu faire de moi ?
Mon esprit n’est pas encore assez remis pour former des phrases pleines de politesse ou pour tout simplement être timide. Je veux seulement savoir si je vais mourir ce soir, je penserais au protocole plus tard. Ses yeux s’écarquillent. Les choses ont été si vite que je ne pense pas qu’il ait pensé à cela.
— Si tu es vraiment celle que tu prétends, tu ne peux pas rester libre car tu pourrais poser des problèmes. Nous allons donc devoir faire de toi une prisonnière.
Je suis dans un premier temps soulagée, je vais pouvoir garder la tête sur mon cou, ce qui est plutôt une bonne nouvelle. Cependant être prisonnière reste une terrible situation. J’ai maintenant une petite expérience de la privation de liberté et je ne souhaite cela à personne. Mais ce soir, je suis trop fatiguée pour me battre. Je trouverai bien une solution pour sortir de ce cachot. Sans livrer mes plans à Alexeï, qui je l’espère pourrira en prison. Je réalise que je vais le revoir. Jamais je ne parviendrais à rester bien loin de ce cafard. Je suis prise de panique mais j’abdique. Cependant, je promets de me ressaisir et ne pas me laisser faire une fois que je me serais remise.
L’homme en blanc me tend la main pour m’aider à avancer et je pose la mienne à l’intérieur. Nous passons devant plusieurs gardes qui se poussent et baisse la tête. Mais qui est-il? Pourquoi ces hommes lui obéissent au doigt et à l’œil? Pourquoi Alexeï a-t-il eu si peur? Se pourrait-il qu’il soit… Non impossible, jamais un Empereur ne viendrait aider une pauvre petite esclave comme moi. J’ai croisé beaucoup de monde et personne ne s’est préoccupé de moi, alors pourquoi le plus important d’entre eux le ferait ? Je ne peux cependant pas ignorer le respect qu’il impose et ses bonnes manières. Une fois de plus, ma bouche parle avant que je ne réfléchisse.
— Qui es-tu ?
Il rigole. Je ne saurais dire pourquoi, mais ma curiosité semble l’amuser.
— Je pense que pour toi, je suis ton plus grand ennemi.
