Allumette: Chapitre 8

Chapitre 8

— Madame Lucine, excusez-moi de vous déranger. Capitaine Calli, j’ai besoin de vous pour une enquête concernant Madame Delphine Faune.

Voici les mots magiques qui me permettent de voir la porte devant moi s’ouvrir en moins d’une seconde. Je découvre alors une petite jeune femme au carré blond, presque blanc, en pyjama bien que nous soyons au milieu de l’après-midi.

— Delph va bien ?

— Oui, elle est en sécurité au commissariat. Mais j’aurai besoin de vous parler, puis-je entrer ?

— Oui allez-y.

Je pénètre dans un petit appartement ancien mais chaleureux et décoré avec goût. On se sent tout de suite bien ici et cela est aussi dû à l’hôtesse. Je peux déjà sentir que Lou est une gentille personne même si elle est, pour le moment, très inquiète pour son amie. Je décide donc de calmer ses inquiétudes et d’engager la conversation.

— Delph va bien, ne vous inquiétez pas. Cependant j’ai quelques questions à vous poser. Vous êtes bien Lou Lucine ?

— Euh oui.

Cette hésitation de sa part me fait douter de sa sincérité, je ressens donc le besoin d’obtenir une preuve.

— Puis-je avoir une pièce d’identité s’il vous plaît ?

Je sens que cette demande dérange Lou et lorsqu’elle me tend son passeport, je comprends pourquoi. Mais qu’elle ne s’en fasse pas, je la comprends mieux à présent.

— Madame Lucine, votre amie a reçu des messages inquiétants, étiez-vous informée de cela ?

— Oui, elle était folle d’inquiétude. Le corbeau lui a fait du mal ?

— Non, pas à elle. Mais votre amie est impliquée, peut-être à son insu, dans une enquête criminelle.

— Une enquête criminelle ? Oh mon Dieu… C’est à son insu soyez-en certaine, Delph est l’être humain le plus gentil du monde. Si elle est impliquée dans cette enquête c’est forcément à cause de l’un de ses admirateurs, il n’y a pas d’autre possibilité.

Je lui parle de crime mais la seule chose qui intéresse Lou est d’innocenter son amie. Voilà donc une jeune femme fidèle, elle ne doute pas un seul instant de Delph. Mais cela m’indique aussi qu’elle serait capable de mentir pour la protéger.

— Elle a déjà eu des problèmes avec un fan ?

— Pas vraiment. Mais elle reçoit souvent des messages insultants ou des menaces. Il y a tellement de cinglés sur internet.

— Vous semblez parler en connaissance de cause ? Vous exercez le même métier que Delph n’est-ce pas ?

— Oui. Enfin en quelque sorte. Nous sommes toutes les deux dans le monde de l’image et d’internet.

Je remarque que Lou ne souhaite pas en dire plus et je n’ai pas besoin de lui poser davantage de questions, j’ai déjà été faire un tour sur son profil et je comprends alors quel est son métier.

— Et ne voyez-vous pas une personne qui pourrait vous vouloir du mal ? Que ce soit à vous ou à Delph ?

Lou prend son temps avant de répondre, je remarque qu’elle se donne beaucoup de peine pour chercher dans les tréfonds de sa mémoire.

— Non je suis désolée. La plupart sont des trolls, nous ne connaissons pas leur véritable identité.

Je suis perdue. Des trolls ? Comment peuvent-ils parler sur internet ? Ces personnes n’existent pas, si ? Lou voit tout de suite mon trouble et avec sa gentillesse naturelle, elle vient à mon secours.

— Ce sont des personnes qui passent leur temps à insulter des inconnus sur internet. C’est ce qu’ils aiment faire. Mais bien entendu, ils ne dévoilent pas leurs visages ou leurs noms.

Ah je comprends mieux. Ce sont d’affreux personnages comme ceux des livres mais sur la toile. À en croire Lou il en existe beaucoup, il va donc être difficile d’enquêter sur chacun d’entre eux.

— Et dans les proches de Delph, y aurait-il une personne qui lui voudrait du mal.

— Non, elle n’a pas d’amis, ni même de connaissances. Elle ne fréquente que Léandre, son petit ami, et moi. Et aucun de nous n’est un criminel bien entendu.

Ça, c’est ce que vous affirmez ma très chère Lou, mais à moi maintenant de vérifier si vous dites la vérité. Mais il vaut mieux ne pas la braquer tout de suite.

— C’est une évidence.

Lou me confirme donc ce que je sais déjà, Delph ne connaît personne. Enfin, en dehors de ces deux proches.

— Et comment est son petit ami ?

— Léandre ? Adorable. Mais…

J’adore les « mais » ce sont toujours eux qui précèdent la vérité. Lou doit terminer sa phrase car le plus important est à venir.

— Mais ?

— Disons que… À part nous peu de personnes ne l’aime.

— Pourquoi donc ?

— Car beaucoup le trouvent… Comment dire ça ? Bizarre.

Je m’y connais en personne que tout le monde trouve étrange et je peux affirmer que cela ne fait pas de ces individus des assassins. Mais je dois creuser cette piste quand même.

— C’est-à-dire ?

— C’est difficile à expliquer mais disons qu’il est dans son monde et qu’il est donc hermétique au nôtre. Mais il a toujours été très gentil avec Delph, il ne lui voudrait pas de mal pour le moins du monde. Donc s’il vous plaît, si vous le rencontrez ne vous fiez pas aux apparences.

D’expérience, je sais que ce sont bien souvent les gentilles personnes les pires et les petits amis, ou mari, peuvent faire du mal à la personne qu’ils aiment. Cela me donne donc envie de me pencher sur ce fameux Léandre, qui pour le moment m’est aussi mystérieux que sa compagne. Et il est possible que notre future entrevue ne m’aide pas à mieux cerner le personnage. Encore une fois, je serai probablement face à une énigme. Mais ce n’est pas grave, si je me suis engagée dans la police c’est justement parce que j’aime les résoudre.

J’ai donc hâte de pouvoir le rencontrer.

— Et comment décririez-vous Delph ?

— Un trésor. Difficile à trouver mais dès que vous l’avez auprès de vous il vous apporte la prospérité. Elle n’a pas eu une vie facile mais elle n’est pas comme on pourrait l’imaginer. Elle est douce et gentille mais aussi combative, elle fait toujours tout son possible pour faire ce qui lui semble juste. C’est vraiment une belle personne.

J’aurai pu m’attendre à cette réponse. Lou ne dirait jamais du mal de quelqu’un derrière son dos, c’est évident. Rien ne sert donc d’insister. Et qui sait, peut-être même qu’elle dit la vérité. Mais avant de partir j’ai une dernière question.

— Madame Lucine, puis-je vous demander ce que vous faisiez il y a deux jours ?

— Il y a deux jours ? Hum… Je suis restée chez moi, je faisais des photos pour mon travail.

— Quelqu’un pourrait appuyer votre version ?

— Non, j’étais seule. Mais si vous voulez, mon téléphone date les photographies et vous pourrez voir que je suis dans cet appartement. J’ai également fait une vidéo en live, vers 16h, je peux avoir des clients qui vous le confirmeront. Si cela peut vous aider.

— Merci, ne supprimez pas ces images, si jamais cela est nécessaire je les ferai examiner par nos experts.

Lou me confirme qu’elle gardera précieusement ces preuves. Je lui annonce alors que je n’ai plus de questions à lui poser et elle me ramène avec délicatesse jusqu’à la sortie.

Lou n’est pas comme ses deux amis. Il est plus aisé de la cerner, ses émotions sont visiblement sincères et en sa présence nous avons l’impression d’être face à un livre ouvert. Elle est simple et loyale. Je suis à l’aise avec elle, c’est un sentiment difficile à expliquer. Je comprends que l’on puisse souhaiter être son ami. Maintenant, il ne me reste plus qu’à aller vérifier si Delph choisi aussi bien ses amants.

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