Chapitre 41
Ma convalescence fut longue, terriblement longue. Toutes mes journées étaient les mêmes, l’ennui se faisant de plus en plus présent. Heureusement elles sont ponctuées par de nombreuses visites. Kaël et Héphaï viennent tous les jours, mais jamais ensemble. J’aimerai leur demander s’ils sont réconciliés mais j’ai peur de raviver de mauvais souvenirs.
Depuis notre dispute, je n’ai pas revue Cassandre, et je préfère encore mourir d’ennui plutôt que de la voir. Elle a au moins eu la décence de ne pas venir durant ma convalescence. Je m’inquiète encore un peu de sa fourberie. Elle a déjà réussi à convaincre Kaël de me quitter, j’ai peur qu’elle y parvienne à nouveau. Je ne suis pas en état de m’imposer et j’ai le sentiment une fois encore de lui laisser la place libre. Je sais qu’elle n’abandonnera pas aussi facilement.
Lorsque je pourrais sortir j’irai la voir. Je ne veux pas me battre avec elle, cela ne me ressemble pas. Mais je pense que nous pouvons discuter. Avant même de me connaître elle me détestait et elle n’a jamais appris à m’apprécier. Je veux essayer de lui montrer que je ne mérite pas tant de haine.
Ce ne sera plus jamais mon amie, mais nous pourrions nous tolérer l’une et l’autre. Surtout j’aimerai avoir l’esprit tranquille en n’ayant plus la peur constante qu’elle me vole Kaël. Je suis maintenant persuadée que je ne veux plus le perdre, je ne me laisserai donc pas faire face à elle. Mon monologue intérieur est interrompu par le médecin qui rentre dans la pièce.
— Mademoiselle Diane, je vous apporte de bonnes nouvelles. Votre état s’est considérablement amélioré donc je pense que vous allez pouvoir reprendre une vie normale. Je vous autorise à sortir.
À peine le médecin est-il sorti de la pièce que je me précipite hors de mon lit et me dirige vers mon armoire contenant toutes mes robes. Je me décide pour une robe dorée me faisant penser au soleil qui me manque depuis si longtemps et que je vais bientôt retrouver. Je mets de nombreuses pinces en or dans mes longs cheveux noirs jais.
Ma préparation fut rapide, j’ai tant envie de sortir. Voilà, je peux le faire, enfin. Je passe la porte, me sentant légère malgré mon épaule qui me fait encore souffrir. J’étais tellement pressée que je n’ai même pas réfléchi à ce que j’allais faire. J’ai envie d’aller voir tant de monde. Mais finalement, je décide d’aller voir Cassandre.
C’est bien la dernière personne que je souhaite fréquenter. Cependant je dois éclaircir la situation pour partir sur de bonnes bases. Je veux relancer ma relation avec Kaël de façon saine pour nous donner le maximum de chance. Même si cela implique de devoir parler avec une amie qui m’a trahie.
Je dois avouer qu’elle me fait encore un peu peur, cette femme est terrifiante. Lorsque je l’ai vu pour la dernière fois, elle a montré toute sa perfidie et sa méchanceté. Elle m’a manipulée, a joué avec mes sentiments pour me rabaisser. Son attitude a créé une blessure, pas physique, mais morale, ce qui est parfois bien plus douloureux.
Le médecin a su soigner mon épaule. Cela fait mal, cela était long, mais il a réussi. Mais pour cette souffrance que m’a provoqué Cassandre, je ne sais pas quoi faire. Elle a agit dans un moment de faiblesse et ma confiance envers mon prochain ne pourra plus jamais être la même. J’ose espérer que le temps pourra soigner ces maux, mais rien ne peut me l’assurer.
Je cherche Cassandre sans cesse, arpentant le palais sans relâche. Je pense avoir examiné tous les recoins des lieux publics. Elle n’est pas là. Je réfléchis à l’endroit où je pourrais la retrouver. Je pense immédiatement à la chambre de Kaël. Cela me fait du mal d’y penser mais cela reste une éventualité que je ne peux pas occulter. Avant d’avoir trop d’espoir, je dois m’assurer que leur relation est bien terminée.
La dernière fois que j’ai ouvert cette porte, j’ai vu une image qui m’a brisée le cœur et j’ai peur d’y être confrontée à nouveau. Je reste donc bloquée devant la chambre de Kaël. Je ne peux pas rester dans l’ignorance, je dois rentrer, ce que je fais dans la foulée.
Une fois la porte ouverte, je suis déçue. La pièce est vide, je ne trouverais donc pas Cassandre ici, et je ne sais plus où chercher. Cependant je ne peux que me réjouir de constater qu’elle ne vit plus en ce lieu. Je regarde rapidement et il n’y a aucune affaire pouvant appartenir à une femme. Cassandre est donc partie et personne ne l’a remplacée. Cela accroche une lueur d’espoir dans mon esprit.
Mais où vais-je donc pouvoir trouver Cassandre ? Où est-elle ? Le seul à connaître la réponse est Kaël et je me décide à aller lui demander. Après tout, j’ai le droit de lui parler, je n’ai donc pas à avoir honte de lui demander. Je me dirige vers sa pièce de travail où il se trouve. Enfin un que je trouve aisément.
— Diane, mais que fais-tu ici ? Le médecin sait-il que tu es sortie ? Retourne vite te reposer !
— Ne t’en fais pas je vais bien et c’est justement pour cette raison que le médecin m’a autorisée à sortir. J’avais une question pour toi, je cherche Cassandre depuis plusieurs heures mais je ne parviens pas à la trouver.
— Pourquoi veux-tu lui parler ?
Le ton de sa voix est glacial et tranchant. Visiblement cela ne lui fait pas plaisir que je souhaite avoir une conversation avec son ancienne amante. Je suis une grande fille, je peux parler avec qui je veux.
— J’ai besoin de lui parler. Donc s’il te plaît, où puis-je trouver Cassandre ?
— Tu ne pourras pas la voir, je l’ai fait partir.
— Comment ? Même si elle est une très mauvaise amie, elle ne méritait pas d’être bannie !
Je ne veux pas que par ma faute elle subisse une telle punition. C’est vrai qu’elle s’est montrée infecte, mais être exilée est une chose horrible. Elle n’a pas de famille où a-t-elle pu aller ?
— Ne discute pas mes décisions ! Elle n’est plus là et cela devrait être une bonne nouvelle pour toi.
Il prend très mal ma remarque. Je ne comprends pas sa réaction. Cependant, je ne connais pas l’intégralité de leur histoire, elle a peut être plus à se reprocher. Je ne persiste donc pas dans cette conversation. De plus, je dois avouer qu’il a raison, je suis contente qu’elle ne soit plus là. Une partie de moi est soulagée de ne pas avoir à parler avec elle.
Mais je doute que Cassandre abandonne si facilement, et je m’attends à la voir réapparaître à tout moment dans nos vies.
