Amour prisonnier: Chapitre 39

Chapitre 39

La soirée d’hier fut si troublante que j’y ai pensé toute la nuit. Je ne sais pas ce que cela veut dire mais je ne dois pas trop espérer, je fais ça trop souvent et après la chute est rude. Je vais dorénavant me laisser porter par les événements en essayant de ne pas trop réfléchir. Je ne dois surtout pas m’emballer. Je pense que je vais me répéter ceci toute la journée pour m’en persuader. De plus, je ne dois pas oublier qu’à part dire que j’étais plus importante que Cassandre, il ne m’a fait aucune autre déclaration.

Aujourd’hui, je n’ai plus  vraiment peur de sortir car je ne risque plus, normalement, de voir Kaël avec une autre femme. Je décide de me préparer après que l’on m’a apporté mon petit déjeuner. Je décide de m’apprêter comme hier, c’est comme ça que je me sens bien. De plus, je suis très fière de savoir me coiffer, je décide donc refaire cette tresse. Cependant, aujourd’hui je décide de porter une robe verte comme l’émeraude, exactement de la même couleur que mes yeux, ce qui les fait ressortir.

À peine ai-je terminé de me préparer que l’on frappe frénétiquement à ma porte. Je reconnais cette façon de faire, et cela ne présage rien de rassurant. Je me précipite donc pour ouvrir et je vois devant moi Héphaï, affolé. Avant même qu’il n’ait eu le temps de parler je comprends qu’il se passe quelque chose de grave. J’entends le bruit lointain d’une foule surexcitée. L’ambiance de l’extérieur tranche avec ce que je vois, il n’y a plus personne dans le palais, ils ont tous dû sortir, maintenant il me reste à savoir pourquoi.

—   Ton frère est à nos portes. Me crie Héphaï.

—   Pardon ?

Je peine à croire ce qu’il vient de me dire. J’ai attendu si longtemps que mon frère vienne me rechercher. Mais lorsque ce moment arrive je ne réalise pas que cela puisse être vrai. Voilà, c’est maintenant.

—   Il propose un duel pour connaître celui qui sera légitime pour régner.

—   Et qu’a répondu Kaël ?

—   Il a accepté, malheureusement. Son Armée pourrait écraser celle de ton frère en seulement quelques secondes mais il trouve le duel plus loyal…

Je ne sais pas lequel me semble le plus bête des deux. Soit mon frère qui vient attaquer seul tout un Empire ou bien celui qui pourrait gagner aisément mais qui accepte le risque de perdre. Phœbus à de la chance que Kaël ait un sens si poussé de l’équité.

—   Dépêche-toi, tu dois les raisonner.

Je sors précipitamment de ma chambre. Héphaï m’emmène jusqu’à l’extérieur du palais, nous traversons la foule pour nous retrouver au premier rang. Je peux voir, Phoebus et Kaël face à face, se préparant pour le combat, touts les deux vêtus de leurs plus belles tenues de combattant.

—   Non.

On a connu remarque plus argumentée mais ce cri provient directement de mon cœur et est guidé par la peur. Ce que je vois est terrifiant, deux hommes que j’aime prêt à s’entretuer et pourquoi ? Un royaume ? Une couronne ? Du prestige ? Il ne peut pas avoir de fin heureuse dans les situations guidées par l’orgueil. Mon frère pointe son épée en ma direction et s’adresse à moi.

—   Cela ne te concerne pas Diane. C’est entre lui et moi, nous avons pris notre décision, c’est un combat entre hommes et tu n’as pas ton mot à dire.

Je ne sais pas quoi répondre à cela, comment peut-il penser que je n’ai pas mon mot à dire, que mon avis importe peu. Je cherche le soutien de Kaël mais il est dos à moi et m’ignore totalement. Il se contente d’ajuster sa tenue et de regarder loin devant lui. Je ne peux pas voir son visage mais je l’imagine parfaitement, le menton levé signe de sa confiance et le regard plein de défis. Visiblement il n’estime pas qu’une discussion soit nécessaire. Ils ont pris leur décision et je ne sais pas quoi faire. Rien ne peut les arrêter.

Je ne suis pas sûre d’avoir la force de voir un tel combat. Cependant, c’est sûrement la dernière fois que je vois l’un de ces hommes en vie. Je ne souhaite pas partir maintenant, je veux les voir le plus possible mais sans les regarder mourir. Et si je pars cela ne changera en rien la situation, à part faire semblant de ne pas savoir ce qu’il se passe.

Ils achèvent de se préparer, et finissent par mettre leurs casques. Ils tiennent dans une main une épée et dans l’autre un bouclier. C’est leur seul moyen de rester vivant, deux petits objets pour les sauver. La vie tient donc à si peu de chose ?

Je ne comprends pas pourquoi je n’ai pas compris avant que cela se terminerait ainsi. Je connais mon frère, il est bien trop fier. Maintenant que mon père est mort, plus rien ne venait contenir son orgueil. Je savais qu’il ferait tout pour son honneur et qu’il serait prêt à venir seul, sans armée. Il sait qu’il ne peut pas gagner militairement contre Kaël, c’est donc sa dernière chance. Oui je le savais, mais je ne voulais tout simplement pas le voir. On est loin des négociations qu’espérait Kaël. Mais comment ai-je pu croire que mon frère accepterait maintenant que notre père est mort.

J’étais tellement attristée par sa disparition que j’en ai oublié l’esprit vengeur de Phoebus. Il a dû être fou d’apprendre que notre père était mort, mais encore plus en apprenant que c’est Kaël qui avait attrapé ses assassins. De plus il me pense prisonnière d’un monstre, sa haine doit être immense et cela me fait peur.

Kaël n’est pas animé par la même fureur. Peut-être que cela l’handicapera. Cependant, le monde entier vante ses qualités. Je le sais combattant et courageux, il me l’a déjà démontré. Mon frère est aussi un bon soldat, mais je ne suis pas sûre qu’il ait le niveau. Le résultat de ce duel est donc totalement incertain.

Phoebus est le premier à porter des coups. Il est violent et semble avoir attendu ce moment depuis très longtemps. Je l’imagine s’entraîner sans relâche afin d’être prêt pour sa vengeance. Kaël parvient agilement à esquiver ses coups et attaque à son tour. Ses mouvements sont rapides mais les réactions de Phoebus le sont également. Les épées s’entrechoquent de longues minutes, sans que l’un ne prenne le dessus sur l’autre. C’est un combat à forces égales, rien ne semble pouvoir les départager.

Rien ne semblait pouvoir les départager jusqu’à ce que Kaël change la donne. Il se penche en avant et balaye le sol avec sa jambe, faisant tomber Phoebus le dos à terre. Ce dernier lâche par réflexe son épée afin d’amortir sa chute avec ses mains. Kaël se tient désormais debout au dessus de lui et l’attaque sans relâche. Phoebus esquive mais se fatigue rapidement et Kaël en profite pour donner un coup de pied dans son bouclier, l’envoyant à plusieurs mètres.

Phoebus tente de ramper pour retrouver ses armes mais Kaël place ses jambes de chaque côté de son torse l’empêchant de bouger. Kaël tient son épée pointée vers son visage. Phoebus ne peut plus rien faire, il est totalement à sa merci. La foule qui retenait son souffle, provoquant un silence étourdissant, commence à s’agiter. Le spectacle à l’air de lui plaire. Héphaï se tient toujours à mes côtés, ne pouvant pas voir cela je décide de cacher mon visage dans le creux de son épaule et je laisse couler mes larmes. Il vient mettre sa main près de mon visage afin de s’assurer que je ne vois rien.

La foule est euphorique, elle hurle à Kaël de tuer mon frère. Comment peuvent-ils se réjouir d’une telle chose ? Je m’attends à chaque instant à entendre le coup d’épée fatale et la foule en liesse. Mais rien ne vient. Je sors de ma cachette pour comprendre ce qu’il se passe.

Kaël est toujours au dessus de mon frère mais ne fait rien. J’ai l’impression qu’il lui parle, mais la foule m’empêche d’entendre ce qu’il lui dit. Soudainement, à la plus grande surprise de tous, Kaël jette son épée et part. Il lui tourne dorénavant le dos tout en enlevant son casque. Il a décidé de ne pas tuer mon frère. Je n’arrive pas à y croire. Mes sentiments pour Kaël se multiplient soudainement. Je ne peux pas le quitter des yeux, ma vision est floue à cause de mes larmes, mais cette fois-ci, elles sont dues à la joie.

Mais la joie ne dure pas. Je vois alors mon frère ramper jusqu’à son épée, se relever et s’avancer lentement par derrière, l’épée à la main sans que Kaël ne puisse le voir. La foule est tellement occupée à fêter cette victoire qu’elle ne semble rien remarquer. Je ne peux pas rester là, je cours pour les rejoindre. Il ne peut pas tuer Kaël.

Marque page
Please login to bookmark Close
Retour en haut